Le monde merveilleux des fan-edits

Qu’est-ce qu’un fan-edit? C’est un montage original réalisé par un fan à partir d’un long métrage, soit en coupant et remontant différemment les scènes, ou bien avec l’ajout de scènes coupées (par exemple issues des bonus de DVDs), voire de matériel original, changement de bande-son, scènes d’autres films, etc.

Le phénomène est né a priori avec les films de la Guerre des Etoiles, mais s’est depuis propagé à d’autres films, comme le Seigneur des Anneaux, Dune, la série des Alien, etc. (surtout des films de science-fiction ou de fantastique, donc. Pas étonnant en même temps : les amateurs sont les plus passionnés!).

L’auteur de cet article sur le phénomène recommande la vision d’un montage de The Incredible Hulk. Pour vous faire votre opinion, allez donc les voir sur le site http://www.fanedit.org/ .

Prometheus : dans l’espace, on ne vous entend pas dire « Mais quels cons! ».

Dans la salle de cinéma par contre…

J’aime la science-fiction, j’aime Ridley Scott quand il en fait, j’aime bien Charlize Theron, Noomi Rapace, Michael Fassbender et Guy Pearce (méconnaissable). J’avais donc plutôt de bonnes dispositions pour aller voir Prometheus.

Ca commence abruptement en sautant du coq à l’âne, ou plutôt d’un extra-terrestre qui se désintègre dans une cascade à un couple de chercheurs qui trouvent des peintures rupestres en Ecosse, pour ensuite passer sans transition à un vaisseau spatial où un type tout seul fait du basket en tongs (vous avez déjà essayé? Je vous le déconseille, ça fait mal aux orteils), regarde des vieux films et apprend le pashtoun pour passer le temps en attendant le réveil de cryogénie de ses compagnons de voyage.

Bon déjà, l’auto-désintégration-minute par ingestion d’un truc dégueu qui entraîne une décomposition de l’ADN et une fonte du corps façon vampire exposé au soleil, corps disloqué ensuite par la dite cascade, ce qui n’empêche pas l’ADN de se reformer, je me suis dit : « Houlà, les auteurs n’ont pas dû aller plus loin que la 6e au niveau sciences ». Ce n’est pas Ridley Scott, d’ailleurs. Le scénario est de Damon Lindelof et Jon Spaihts. Ca se sent.

Ce qui avait marqué les esprits à la sortie du premier Alien, c’était le côté pragmatique, réaliste de l’exploration spatiale montré dans le film. Au lieu de cosmonautes bien élevés dans des combinaisons proprettes aux couleurs de leur pays, c’était des « ouvriers de l’espace » dans un vaisseau cradingue, financé par une multinationale pour ramener des ressources à vendre, réduisant l’espace à vivre au minimum. La version futuriste des employés des plate-formes pétrolières. Dans le 2, c’était des mercenaires.

Dans cette préquel, Meredith Vickers, la commandante de l’expédition, a des appartements privés XXL façon loft New Yorkais, avec un holodeck pas holo (une projection de paysage bucolique). Bon. Admettons. Mais les deux scientifiques pré-cités, Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) et son mec (anecdotique casse-cou casse-cou*****), ont eux aussi une suite aux draps de soie. Classe, pour une expédition de recherche.

Là, les représentants du côté cradingue sont l’équipage du vaisseau (le capitaine ne s’en sort pas trop mal) et un géologue punk hystérique. A un moment, le biologiste de l’équipe lui dit qu’il est la honte de la communauté scientifique. Mais il est mal placé pour dire ça : non, monsieur le biologiste, en présence d’une espèce inconnue, on ne fait pas gouzi gouzi comme tu es joli laisse-moi te grattouiller la tête. Déjà, on commence par remettre le casque de sa combinaison, qu’on n’aurait jamais dû enlever.

Oui je sais, les casques, c’est embêtant à filmer, ça fait des reflets qui cachent les expressions des acteurs, le chef op’ s’en arrache les cheveux. Mais sérieusement, au bout de 5mn dans des souterrains, « Oh cool, dehors on mourrait en 4mn à cause du CO2, mais ici l’air est respirable, ils sont forts ces Aliens! Enlevons donc tous nos casques! ». C’est vrai, c’est pas comme si, au détour d’un couloir, vous pouviez vous retrouver en présence d’une toxine, ou à l’air extérieur, ou en présence d’un germe extra-terrestre. Et puis c’est tellement mieux de contaminer aussi l’intérieur de vos combinaisons pour le retour au vaisseau!

Tout n’est pas mauvais dans le film. Les images sont belles, impressionnantes ou répugnantes suivant les besoins. Charlize Théron est impeccable, Noomi Rapace en prend pour son grade (après Millénium, elle a l’habitude), Michael Fassbender serait plus sexy s’il était moins servile.
Il y a de l’idée. Il y a aussi beaucoup de références à la quadrilogie d’origine, comme si les scénaristes avaient tenu à montrer qu’ils étaient des fans, mais là ça fait parfois réchauffé. Il y a aussi des références à d’autres films de SF (2001 notamment).

Le film s’inscrit dans l’esprit actuel de surenchère en tout : effets spéciaux, scènes gore, au détriment de la cohérence et de la logique du scénario. Comme film pop corn à grand spectacle, ça remplit son contrat. Mais les prétentions intellectuelles de la recherche des origines de l’homme passeraient mieux si le scénario n’était pas aussi crétin et qu’il n’obligeait pas les personnages à se comporter comme des imbéciles.

Le pompon étant évidemment la fin (pas la toute dernière scène, mais celles d’avant), qui m’a inspiré un grand What the fuck? D’autant plus qu’il aurait été facile de la justifier autrement… même si les circonstances, elles, sont difficiles à expliquer.

Alors oui, je sais, on me dit souvent que si c’est de la SF, il ne faut pas être trop cartésien. Désolée, mais d’autres plus talentueux ont su écrire de la science-fiction cohérente et vaguement crédible. Et la série d’Alien en faisait partie. Dommage qu’un tel héritage finisse si mal, surtout, apparemment, écrit par des fans…

(demain, avec un peu de retard, je dézinguerai les Avengers)