Carnet de comptoir : dans Ressources Humaines, il y a… sour?

De toute évidence, ce midi, les gens à la table voisine font partie d’un service des Ressources Humaines.

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D’abord, ils se plaignent d’une de leurs collègues qui va faire une formation en sophrologie, 2 jours par semaine, deux semaines par mois. Et qui a priori est déjà aux 4/5e. Ce qui les embête, c’est qu’elle n’a pas l’air bien fixée sur son projet (profil « papillon » qui a déjà pris récemment une année de disponibilité pour formation universitaire), que la formation a l’air un peu insuffisante. Accessoirement, elle fait une montagne d’un rien, donc devenir sophrologue pour aider les gens, ça ne paraît pas être dans ses cordes : il faudrait déjà qu’elle s’aide elle-même. En plus, au début ils se disaient qu’elle ne serait pas disponible 4 jours par mois (en plus des 4 de son 4/5e), mais ça passe. Sauf qu’elle veut plus, en tout cas elle se plaint, car elle aura du travail perso à faire à la maison (« ben oui c’est donc à la maison », sous-entendu pas au travail), et un mémoire à préparer (ben oui c’était prévu dès le départ, hein, fallait y réfléchir en t’engageant).

Bon. Soit. Ca s’entend.

Le profil papillon-boulet, j’en ai croisé assez pour savoir que comme collègues, c’est la plaie parce qu’ils ne font pas grand-chose, pas très bien et qu’ils font surtout perdre du temps à tout le monde. Et dans le fandom, ce sont aussi des crampons

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Sauf que 10 mn après, ils parlent d’une autre salariée qui a fait une formation de yoga (en dehors de ses heures de travail, elle : la moitié des gens à table n’étaient pas au courant et n’avaient pas remarqué qu’elle l’avait faite), et que là à la rentrée, elle ouvre son studio de yoga pour donner des cours à son compte le soir, tout en gardant son activité salariée. Eh ben là, ils critiquent encore en disant que « il y en a qui sont pas fatigués après leur journée de travail, alors que toi tu rentres tu es lessivé ».

Alors il faut savoir : les gens qui disent qu’ils vont avoir du mal à assurer le surcroît d’activité demandé par leur projet perso en dehors du travail, on les critique, et ceux qui arrivent à mener les deux de front sans que ça se soit vu (parce qu’a priori personne n’a remis en cause la qualité de son travail), on les critique aussi?

Et sinon, c’était le déjeuner à thème « langue de pute » ou c’est toujours comme ça dans les RH?…

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Carnet de comptoir : bon vivant rime avec tête de vent

A la table voisine, un gars raconte à ses collègues s’être fait voler son ordinateur portable dans le métro. Compassion des auditeurs, c’est terrible la criminalité à Paris, tout ça tout ça.

Le gars raconte : il était 5h du matin, il avait picolé, il rentrait de sa soirée-nuit à rallonge par le premier métro, et avait posé le sac par terre. Quand il a émergé des brumes alcoolisées de son semi-coma éthylique, le sac avait disparu. Evidemment, ce n’est pas la version qu’il a racontée à ses responsables pour obtenir un nouveau portable.

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Comment vous dire?…

C’est pas que c’est moins du vol si tu t’es endormi dans les transports en commun, mais à un moment, il faut quand même être un minimum attentif et soigneux avec tes affaires. D’autant plus si c’est celui le matériel de travail de ta boîte.

Réponse de son voisin de table: « ah oui, il m’est arrivé la même chose en Espagne ». 2 sur une table de 4. Ca défie les probabilité, je crois que c’est une table de boulets picoleurs. Pardon, on dit « bons vivants » ou « fêtards ».

Alors, devinons : commerciaux ou informaticiens?…

La suite de la conversation m’apporte la réponse : manager dans le pôle informatique d’une banque, effectivement. Gagné!

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Et des managers qui ne captent rien à l’anglais : ils ont un Américain à table, et il n’y en a qu’un sur 3 qui fait l’effort de lui traduire une partie de la discussion. Si c’était pour l’inclure autant que ça dans leurs conversations, ce n’était peut-être pas la peine de lui infliger leur compagnie, du coup… Il aurait sans doute trouvé plus intéressant de découvrir Paris tout seul. Enfin, non, c’était dans une banlieue sans intérêt, mais quand même. Au moins, il aurait pu passer sa pause déjeuner sur son smartphone sans être considéré comme impoli.

C’est pas impoli, d’avoir une conversation si peu palpitante qu’on préfère regarder son fil Twitter ou faire une partie de Pokemon Go?

Carnet de comptoir : service non compris

A la base, ça devait être un article de ma catégorie « Gourmandise », sur les bonnes adresses parisiennes. Sauf que, au final, je ne divulguerai ni le nom ni l’adresse de ce restaurant-salon de thé, parce que d’une part, l’offre gastronomique n’est pas incontournable, et d’autre part, j’ai trouvé plus à dire à observer le service et surtout l’écouter.

Et ça ne m’a pas tellement donné envie d’y revenir. Ni de recommander l’endroit.

J’arrive en milieu d’après-midi, j’ai déjeuné copieusement, et pas tellement envie d’un gros gâteau. Je commande donc un café gourmand pour me donner bonne conscience et alléger la dépense en même temps. Premier couac :

« Ah désolé, on ne les sert qu’avec un repas.

– Ce n’est pas indiqué sur la carte.

– Non effectivement. »

Ni désolé, ni négociation possible. Ayant déjà éclusé les autres adresses du quartier, et comme je comptais refaire le plein de potions aux Pokestops voisins, je prends sur moi et commande un thé et une pâtisserie – dans l’idée d’au moins en faire un article. Cela nous amène quand même au-dessus de 10 Euros. La tarte aux pommes est faite maison, de ce côté pas de doute, mais pas exceptionnelle en dehors de ça. Petit rappel que « maison » n’est synonyme de « qualité » que si on a un cuisinier digne de ce nom. Et le thé n’est pas mauvais, mais à 5 euros la théière à peine suffisante pour se verser un demi-mug, il m’est un peu amer.

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Peu concentrée sur ma pause goûter, je prends des notes des commentaires du patron agité à son serveur. Le lieu n’est pas plein, mais le patron est speed. C’est plus un signe de mauvaise organisation que de manque de bras, en général. C’est dommage : l’endroit est pittoresque et se veut authentique. Je préférerais, je crois, un peu moins authentique et un peu plus professionnel – d’autant que ce n’est pas la première fois que je viens, et que ce n’est donc pas un défaut due à l’inexpérience : ça colle avec mon souvenir, de plat végétarien sec et fade, et de raté sur l’addition (on nous avait donné celle de la table voisine, à peu près le double…). A se demander pourquoi j’ai voulu leur donner une autre chance. Ah oui : le quartier est sympa, et le décor aussi. Là, ça vire au spectacle comique.

« Je ne sais pas ce qu’ils ont les jeunes, je leur dis de s’asseoir là, ils me disent Ah ben tant pis on voulait s’asseoir là, et ben allez vous faire foutre. »

Ca a peut-être un rapport avec le fait qu’il reste plein de tables libres dans ton restaurant, qu’il est sombre, qu’ils étaient 4 et que tu leur as refusé une des rares tables près de la fenêtre au motif que tu pouvais y mettre 5 personnes. Etant donné qu’on est dans un quartier touristique, ils voulaient sans doute aussi profiter de la vue. Donc la table au fond d’où on ne voit rien, ça ne les intéressait pas.

Un peu plus tard, une tablée du milieu s’en va, sans avoir commandé, et tu t’en étonnes également. Leur seul commentaire est un « Non, on ne va rien dire, ça vaut mieux » avec un demi-sourire. Et tu ronchonnes qu’ils auraient au moins pu te dire ce qui les avait piqués.

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Au choix, de mon point de vue, c’est soit parce que le service est débordé (ça arrive) et qu’ils n’ont pas encore pu commander. Soit parce qu’ils t’ont comme moi vu refuser les 4 clients pré-cités, et aussi que 5 mn après, tu as donné la fameuse table de 5 à une habituée qui n’avait rien demandé, et qui attendait 2 amis. 2 plus 1, pour autant que je sache, ça fait 3, pas 5. Donc tu as laissé partir une tablée de 4 nouveaux clients dans l’espoir d’y en caser 5, pour au final y installer 3 habitués – qui se fichent de la vue puisqu’ils viennent souvent. Je ne suis pas sûre que ce soit un bon calcul, commercialement parlant. D’ailleurs comme je n’ai pas tout suivi, peut-être bien qu’à ceux qui viennent de partir aussi, tu avais refusé la « bonne » table.

Eh bien figure-toi que vue l’offre pléthorique du quartier, il n’y a aucune raison de supporter d’être placé d’office à une table moins agréable que celles disponibles. Quand on sort, c’est pour passer un bon moment, pas jouer les bouches-trous à la gueule du client. Le client n’est peut-être pas roi, mais il n’est pas là non plus à ton service.

Allez hop, on oublie l’adresse… Ca aura quand même fait un article.

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Carnet de comptoir : amitié toxique

Conversation de café entre deux amies, une jeune l’autre moins.

Alors que jusqu’ici le ton était feutré, la jeune « On dirait que tu me juges parce que je n’aurais pas pris de tes nouvelles, alors qu’on est là, je t’ai appelée. »

La vieille : « Oui ben tu ne t’intéresses pas vraiment aux gens ».

« Attend, et le nombre de fois où je t’ai proposé de sortir? Ne dis pas que je n’ai jamais pris de nouvelles, c’est pas ma faute si tu refusais à chaque fois. »

« Eh ben peut-être que j’aurais préféré sortir! Mais je ne pouvais pas. » Suit une explication indistincte à base de dépression, dont apparemment elle vient seulement de parler à la Jeune ce jour.

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La Jeune : « Alors ne me reproche pas de ne jamais avoir appelé! Si à chaque fois que je te propose de sortir tu m’envoie balader, au bout d’un moment je me dis que tu n’as pas envie. Et tu ne m’as jamais appelé non plus, alors ne me dis pas que c’est moi qui m’en fiche. »

Vieille : « Tu aurais aimé que je t’appelle? » (d’un ton agressif comme si la réponse négative allait de soi)

Jeune (visiblement bouleversée, en rassemblant ses affaires) : « Oui, c’est ce qui se fait, entre amies! ».

Elle se lève et s’en va, les larmes aux yeux. Syndrome du « Si je reste, je vais balancer des trucs encore plus vaches et je veux ménager la personne ».

Vieille se lève à son tour, en prenant son temps. Aux quelques clients qui ont assisté à la scène, elle adresse un sourire narquois style « Oh la la y a des gens qui réagissent bizarrement » et dit à personne en particulier, d’un air satisfait : « Il y a des choses qui doivent être dites ».

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Oui. Il y a des choses que je t’aurais bien dit, en l’occurrence, bien qu’on ne se connaisse pas. Quand on n’a qu’un aperçu de 5 minutes d’une histoire, c’est dur de prendre parti.

Ceci étant dit, je vais le faire quand même, parce que ça me rappelle des choses.

Primo, et info : si quand on t’appelle, tu ne dis rien et tu ne veux voir personne, on ne va pas se pointer chez toi avec du sérum de vérité pour te faire parler. Il y a des gens qui ont besoin d’espace. Et les êtres humains ne sont pas télépathes.

Secundo, c’est vrai qu’avec la vie de tous les jours, le temps passe vite et il est compliqué de rester en contact. Mais si c’est toujours l’autre qui fait la démarche d’appeler, et qu’en plus quand elle le fait tu refuses de la voir, tu es très mal placée pour lui reprocher de ne pas se soucier de toi.

Tertio, des deux, il y en a une qui a l’air de prendre ça plus à coeur que l’autre, et ce n’est pas toi.

Quatro, j’espère pour la jeune qu’elle va arrêter de se fatiguer à essayer d’être ton amie, vu que tu sembles faire partie de cette catégorie de gens qui estiment que tout leur est dû et qu’il faut les entourer de mille attentions, alors qu’eux ne font jamais d’efforts. Casse-toi pauvre conne.

Je regrette un peu de ne pas avoir pu signifier ma compassion à la jeune.

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Carnet de comptoir : conte de Noël

La famille Commeilfaut déjeune au salon de thé anglais. Madame explique à sa petite fille blonde tous les plats très British, avec moult précautions sur ce qu’elle pourrait aimer ou pas. Le grand fils renfrogné se voit attribuer un chocolat chaud – qu’il ne finira pas. Il aurait peut-être préféré un Coca.

L’ado aux cheveux gras ne dit mot du repas. Comme c’est un café-librairie, chacun quitte la table, en binôme ou en groupe, pour trouver son bonheur. Madame conseille à son grand fils une collection de biographies de grands hommes, de Gandhi à Martin Luther King. Ou un roman d’aventures, comme l’Homme au Masque de Fer d’Alexandre Dumas.

Le fils reste coi. Et moi je suis narquoise. Peut-être aurait-elle plus de succès en suggérant des lectures de ce siècle. Ou en lui demandant ce qui l’intéresse, au lieu de lui imposer ses goûts très comme il faut.

Ce que le père essaie, disant qu’il a vu qu’allait sortir un film Assassin’s Creed.

Réponse pincée de madame : « Qu’est-ce que ça veut dire, Assassin’s Creed? ».

Mais comment donc, tu traînes ta famille dans une librairie anglo-saxonne et tu n’es pas bilingue? Ou c’est un piège ?
Le père lit l’article sur son téléphone :
« C’est tiré du célèbre jeu vidéo. C’est un genre de… ninja… »
La mère, fixant son fils :
« Ah, c’est un jeu pour dingos. »
Sa fille demande de quoi parle le jeu.
La mère élude (elle serait bien incapable de répondre) et répète sa formule.

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Alors madame, il vaut mieux tuer des gens dans des jeux vidéos que dans la vraie vie. Ca défoule des frustrations du quotidien, comme, au hasard, celle de voir ses goûts systématiquement rabaissés par un proche. Quand fiston aura quitté la maison pour ses études, ne vous étonnez pas s’il ne donne guère de nouvelles : vous avez pris bien soin de lui faire passer l’envie de vous dire quoi que ce soit. Déjà que c’est un âge où on a l’impression que tous les adultes sont des ennemis qui ne vous comprennent pas, vous en plus, vous y ajoutez le mépris envers ce qui pourrait l’intéresser.

Rassurez-vous : la veille encore, dans un musée, une jeune fille et sa mère, une Commeilfaut elle aussi, discutaient de comment convaincre le petit ami de la jeune fille d’aller voir une expo avec sa future belle-mère, car il n’était pas très musée, plutôt « un peu geek sur les bords », dixit mademoiselle, mais quand même fana d’histoire, « C’est pour ça qu’on s’entend bien ». Donc même si votre fils « dévie », il pourra quand même trouver une bru fille de bonne famille. Comme ça, vous et la belle-mère pourrez déguster votre muesli sans cannelle autour d’une tasse de thé, en discutant de sujets certifiés convenables par l’académie des gens Commeilfaut.

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Je me tâte pour glisser un mot d’encouragement à l’ado, au cas où l’occasion se présenterait de lui parler seul à seule. Pour lui dire que c’est un mauvais moment à passer, qu’il lui suffit de trouver des gens qui ont les mêmes goûts que lui ou moins de préjugés que sa daronne.

Mais alors que madame Commeilfaut est partie avec sa fille regarder les rayons, le père sort de son sac, en complice, un comics de Spider-Man et le lui tend. L’ado le feuillette volontiers, et le père lui confie qu’il a acheté des DVD d’action, qu’ils pourront les regarder ensemble.

Je souris. Un parent sur deux qui essaie de communiquer, c’est déjà pas mal. Il y a de l’espoir.

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Carnet de comptoir : le sacrifice

Deux nanas, après avoir disserté sur leurs problèmes respectifs de relations, débranchent sur le dernier film d’Isabelle Carré (où elle joue une nonne qui s’occupe d’une gamine sourde, muette et aveugle – oui, l’anecdote date). Outre qu’elles trouvent ça très dur, elles s’extasient sur la beauté de ce sacrifice.

Au risque de faire de la psychologie de comptoir, je pense que la 2e partie de la conversation explique la première. Il n’y a pas de beauté dans le sacrifice, rogntudjuu! C’est juste ce qu’on essaie de nous faire croire pour nous faire accepter des situations inacceptables.

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Donc le type dont tu te demandes si tu dois rester avec, parce qu’il a des problèmes et que tu ne te vois pas élever des enfants avec, alors que ton horloge biologique te taraude, tu le largues et puis c’est tout. La seule bonne raison de rester dans une relation qu’on décrit comme ça, c’est si on risque de se retrouver à la rue parce qu’on n’a pas de boulot ou qu’on risque de le perdre. Et encore. Ca implique qu’on reste juste le temps de chercher activement à devenir financièrement autonome.

Rester parce qu’on a aussi du stress au boulot, ce n’est pas une bonne raison non plus: si tu t’enlèves le stress du mec qui te dit des horreurs quand il est énervé et avec qui la relation ne t’amène plus aucune joie même quand ça va « bien », tu supporteras mieux celui du boulot. Si tu t’enlèves l’auto-critique et l’auto-atermoiement sur le thème « c’est quand même dur de s’infliger ça », tu auras double bénéfice: un, moins de stress. Deux, tu seras contente d’avoir pris ta décision. Bonus : ce sera plus facile de trouver quelqu’un d’autre. Non parce que refuser de rompre parce que tu te dis déjà que tu vas mettre 6 mois à te remettre, c’est partir battu. Autant faire commencer les 6 mois tout de suite au contraire!

(et c’est valable aussi pour décider de changer de boulot)