Champs Elysées Film Festival 2017 : les courts-métrages US

 C’est au cinéma Le Lincoln que j’ai assisté à la 1e projection des courts métrages américains du Champs Elysées Film Festival 2017. Pour sa 6e édition, ce festival reste abordable pour le grand public, qui peut y voir en avant-première des films français et américains indépendants.
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Enfin un bulletin de vote alléchant!

Les courts-métrages

The Robbery 
Une jeune droguée fumeuse de crack passe une très mauvaise journée. On louche du côté de Tarantino (ce qui venant de moi n’est pas un compliment : les personnages bêtes et méchants, je n’aime pas perdre du temps à les regarder). Malgré le pitch et l’hyper glauquitude, c’est pourtant plutôt drôle. Âmes sensibles s’abstenir.
The Rabbit Hunt
Comme son nom l’indique, on suit une chasse au lapin, qui fuient un champ de maïs en cours de moisson. Une famille de noirs américains les attendent en lisière du champ, armés de bâton.
… Mais encore? Apparemment ce n’est pas une fiction mais un documentaire.
C’est à peu près aussi glauque que le précédent, l’humour en moins.
Casa de mi Madre
Court minimaliste entre une femme d’âge moyen et un gamin de Cuba, dans ce que j’aurais appelé les favelas sauf que ça ne se passe pas à Rio. Le film a été écrit et tourné en très peu de temps à Cuba, lors d’un stage avec le réalisateur Abbas Kiarostami, d’après un « prompt » de celui-ci. Chaque stagiaire devait ensuite broder autour du prompt reçu, la pitcher à Mr Kiarostami et tourner son histoire avec les moyens du bord. Au final, ça raconte bien quelque chose en peu de moyens, même si je me serais passée des plans floutés / défloutés et que l’ambiance met mal à l’aise (mais peut-être seulement moi, parce que j’ai du mal avec les gens mentalement instables…).
Antartica
Une femme mariée asthmatique en voyage se laisse tenter par une aventure d’un soir. L’actrice, Lorraine Farris Sage, est très vraie. Un film d’atmosphère avec de belles images, qui change de ton brutalement au twist final.
Même si j’ai eu du mal à ne rire en pensant à la Cité de la Peur quand ils regardent un documentaire sur l’accouplement des phoques en prenant un verre. So cliché.
Les dialogues moyens n’étaient pas aidés par des sous-tires en français à une faute par ligne (au moins).
Game
Un nouveau un peu frêle débarque dans un lycée pour les qualifications de l’équipe de basket-ball. Il est bon, motivé, mais il a un problème – en dehors du meneur de l’année d’avant qui voit d’un sale oeil la concurrence.
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Black Holes
Cet unique court-métrage d’animation de la sélection est l’histoire déjantée du premier vol habité vers Mars, avec la sélection de Dave et d’un melon, réincarnation d’un créateur de mode. C’est complètement barré, parfois limite graveleux (un autre personnage principal est le Dr Finger, proctologue de son état, qui fait subir des… tests à Dave), et truffé de références à 2001, l’Odyssée de l’Espace.
Projeté à Sundance, c’est un aperçu (« pas tout à fait un pilote » dixit les producteurs lors du Q&A suivant la projection) de la série en 10 épisodes que prévoient de faire les créateurs.
Across My Land
Un père et son fils adolescent vont la nuit, armés, patrouiller en voiture le long de la frontière des États-Unis avec le Mexique, pendant que la mère et la petite fille restent à la maison. Une famille sans histoire, qui récite le bénédicité et apprend à son fils à remonter un fusil d’assaut.
Jolies images du sud des USA (et la présence de Summer Phoenix dans le rôle de la mère). Fait écho sans doute involontairement à The Rabbit Hunt, sauf qu’ici ce ne sont pas des lapins qui sont pourchassés.
Fanny Pack
Une jeune fille de bonne famille américaine, d’origine Indienne, part à New York où elle doit exposer des photos et ainsi lancer sa carrière d’artiste. Son père, équipé de son sac banane, la suit jusqu’à l’aéroport pour la convaincre de reprendre ses études de médecine.
Ce film de fin d’études est drôle et mené tambour battant (l’idéal pour une comédie). On ne se rend pas compte des difficultés à filmer dans l’aéroport qu’a racontées Uttera Singh, la réalisatrice et actrice principale.
Homing In
Dans une banlieue tranquille et anonyme, une femme range sa maisonnée comme tous les soirs. L’homme qui gare sa voiture et qu’elle trouve dans le salon n’est pas son mari.
Film minimaliste dans ce qui se passe mais très tendu, images très construites.
Grace Period
En hiver à New York, une femme peine à élever seule ses 4 enfants. Son grand fils tente de l’aider, mais pas de façon légale.
5e film de la sélection sur les classes défavorisées. Plus 2 sur les classes moyennes / aisées mais qui sont des thrillers glaçants. Il faut avoir un bon moral pour être cinéphile!

Le Q&A

Après la projection a eu lieu un Q&A car 7 sur 10 des réalisateurs étaient présents. Celui de The Rabbit Hunt, absent, sera présent à la 2e projection mardi 20 (demain) à 14h au cinéma le Lincoln. Les intervenantes du festival ont souligné que c’était exceptionnel, car le festival n’a pas les moyens de les faire venir.
Je n’ai pas retenu les noms et identités de tout le monde, désolée, surtout celle qui n’a finalement pas eu la parole ou celui pour qui je n’ai pas réussi à faire le lien avec un film (apparemment il était au même stage avec Abbas Kiarostami que Frank Mosley).
Du coup, c’était un peu court car tout le monde n’avait pas le temps de parler. On aura appris les anecdotes semées plus haut, et aussi que :
Jeannie Donohoe a eu beaucoup de mal à trouver l’interprète de son court métrage, que la directrice de casting a finalement trouvé dans un supermarché. Que le film n’est pas tiré d’une histoire vraie mais inspirée de plusieurs choses qu’elle a vues ou vécues.
Black Holes est un film américain car conçu, écrit et réalisé entièrement à L.A., mais par des Français.
Parker Hill a été inspirée par des photos de maison de Todd Hido, et de la saturation des couleurs de Todd Haynes.
Que tourner à New York en plein hiver, ce n’est pas facile non plus (Simon Hacker).
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Votez à votre tour

8 de ces 10 courts-métrages sont visibles jusqu’au 22 juin sur le site d’Universciné .
(Les courts The Robbery et Across My Land manquent à l’appel, les réalisateurs n’ayant pas souhaité participer au prix du public UniversCiné).
Sur ce site, où vous pouvez également participer au vote du public, comme nous l’avons fait vendredi soir en salle (enfin, si le formulaire est réparé).

Side by Side, documentaire et Q&A avec Keanu Reeves – Champs Elysées Film Festival

J’avais envie de voir ce documentaire de Chris Kenneally depuis que j’en avais entendu parler. Pas parce que c’est Keanu Reeves qui joue les intervieweurs, mais parce que d’une part le sujet (l’évolution du cinéma vers le digital) m’intéresse, et d’autre part la liste des gens interrogés est impressionnante : George Lucas (qui a beaucoup contribué à l’évolution vers le digital), James Cameron, Martin Scorsese, David Lynch, Danny Boyle, Christopher Nolan, David Fincher, Robert Rodrigues, Lars Von Trier, Steven Soderbergh, John Malkovich, Michael Chapman, Vilmos Zsigmond et j’en passe.

Keanu Reeves - 15 juin

Le documentaire :

Très didactique, le documentaire passe en revue les différentes étapes de la fabrication d’un film, en version argentique, et comment et quand le numérique a pris le relais à chaque étape : tournage, développement des rushs (remplacé par le visionnage direct sur le plateau des séquences filmées), montage, effets spéciaux, étalonnage, projection… jusqu’à la conservation. Etape qui est d’ailleurs la plus problématique à l’heure actuelle : stockée dans de bonnes conditions, la pellicule est infiniment plus stable que les supports numériques, qui de plus changent de format tellement souvent que ce sont les moyens de les lire qui font parfois défaut avant même la détérioration du support.

Au début de qualité très inférieure à celle des pellicules à émulsion, les caméras numériques professionnelles sont en train de rapidement monter en définition et en champ chromatique. Moins chères à l’achat et à l’usage que leurs ancêtres à pellicule, plus légères et maniables, plus souples d’utilisation car permettant de filmer 40 minutes d’affilée là où une bobine ne dure que 10 minutes, elles permettent de grandement diminuer les coûts et les délais de tournage.

Ceux qui y perdent le plus sont les directeurs de la photographie, dont certains grands noms sont inteviewés ici. A l’origine, ils étaient les seuls sur le plateau magiciens capables de prévoir, par leur choix du matériel et des éclairages, ce que rendrait l’image finale après développement et projection sur grand écran. Michael Ballhaus, DP sur différents films de Scorsese, est fier de dire que quand ils envoyé les rushes de Gangs of New York à un studio d’étalonnage numérique, il n’y avait rien à faire : l’image enregistrée était déjà telle que la voulait Scorsese… Cela démocratise la possibilité de faire des films, ce qui est bien et permet à des marchés de niches de se développer.

Mais j’ai envie de dire, devant des productions récentes, que ce n’est pas parce qu’on peut tout faire qu’il faut faire n’importe quoi.

Le film parle de tout ça bien mieux que moi, alors reste à espérer que la version longue en 5 DVD que Keanu Reeves et les autres producteurs ont en projet sortira un jour.

En attendant, bonne nouvelle révélée sur le Facebook officiel aujourd’hui : le film devrait être disponible sur iTunes France dès le 16 juin!

Keanu Reeves - 15 juin

Le Q&A :
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Man of Tai-Chi – Keanu Reeves au Champs Elysees Film Festival

Le slogan du Champs Elysees Film Festival est : enfin un festival pour les spectateurs. C’est pas faux. J’ai enfin eu l’occasion de cocher une case de ma bucket list : voir (et entendre) Keanu Reeves en vrai de pas trop loin. Ici, pas besoin de ruses de sioux, d’insider information ou autre pass inaccessible : il suffisait de se tenir au courant de l’actualité du cinéma, de suivre le festival sur les réseaux sociaux, et de se ruer au Publicis Cinema le jour de l’ouverture des places (mercredi dernier) pour y acheter les précieuses places, au prix d’une séance normale.
Bon, soyons honnêtes, j’aurais préféré qu’ils mettent 2 caisses en place, parce que j’ai attendu 3/4 d’heure et y ait passé ma pause déjeuner (Keanu, tu me dois un bon repas). Néanmoins, la plupart des gens étaient dans la file pour la même chose que moi. Et au final, ainsi que je m’y attendais (vedette américaine canadienne, et Side by Side qui n’est pour l’instant pas visible ailleurs), les deux séances étaient pleines.

Revenons à Man of Tai-Chi, premier des deux films présentés par Keanu Reeves : il s’agit de son premier film en tant que réalisateur. Il y joue également le personnage du méchant. Ce film a essuyé des critiques peu enthousiastes et une sortie en France minimaliste il y a quelques semaine (le Publicis Cinéma étant l’une des deux seules parisiennes à l’avoir diffusé). Il s’avère une bonne surprise de film d’arts martiaux.

Keanu Reeves - 14 juin 2014 - "Un moment s'il vous plaît" pour faire taire la salle pour laisser parler la présentatrice.

Keanu Reeves – 14 juin 2014 – « Un moment s’il vous plaît » pour faire taire la salle pour laisser parler la présentatrice.

Mon opinion : un bon film d’action, avec pleins de combats (13 à en croire Keanu Reeves, je n’ai pas compté) très impressionnants, bien filmés, de façon moderne. Tiger Chen, le héros, est dans la vraie vie l’entraîneur qui a mis au point les combats dans Matrix, et qui a entraîné Keanu. C’est à force de travailler 4 heures par jour ensemble qu’ils sont devenus amis et ont voulu faire un film ensemble. Ils ont conçu l’histoire au fil des 5 ans des tournages des 3 Matrix et ensuite. Il est très impressionnant de fluidité et de précision dans ses gestes. Keanu Reeves donnait corps à son personnage par une démarche de prédateur qui change de ses rôles. Son personnage est un peu caricatural, mais cela s’explique dans le Q&A qu’il a donné ensuite, où il disait s’être inspiré des films de Shaw Brothers et d’autres films de kung-fu qui ont bercé sa jeunesse, dans leur « arch-characterization » des personnages notamment (accroche-toi pour traduire l’expression employée. Je dirais « cabotiner et surjouer le méchant, le gentil, le vieux maître etc, mais sans connotation négative parce que c’est le genre qui veut ça »).

Présentation du film et de Keanu Reeves (il manque le début) :

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