Frozen Free Fall – le jeu sur tablette et smartphones de la Reine des Neiges

Hourra, j’arrive à l’été! Non, je ne pars pas en vacances sous les tropiques… J’ai fini les 285 niveaux de base du jeu Frozen Free Fall sur mon téléphone (les niveaux hiver). Et j’ai donc enfin débloqué les niveaux d’été, présentés par un Olaf rigolard (mais qui rigole moins quand j’échoue sur le niveau).

Frozen le jeu : Elsa enfant

Sous le regard navré, voire réprobateur de mes voisins de métro, et l’oeil perplexe des gamines quand je vais manger au McDo (ne me jugez pas : le choix de cantines est peu engageant là où je travaille).

Oui, je suis une adulte responsable (quasiment), avec un travail sérieux, et malgré cela, ou à cause de cela, je joue au jeu de la Reine des Neiges sur mon téléphone. (non, pas au non officiel où on fait une césarienne magique à Anna…). J’aime les petits jeux de casse-tête, mais je trouve les graphismes des saynètes scénarisées de Candy Crush Saga laids. Je leur ai tout de suite préféré les légumes colorés et souriants de Farm Heroes Saga, autre succès de l’éditeur, King.

Frozen le jeu : Anna enfant
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Cinéma : Kingsman : un film avec la manière

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Ça commence très très bien. Par un générique très inventif sur fond du Money for Nothing des Dire Straits (qui signifie quelque chose comme « dans la dèche », incidemment), avec l’attaque dans les années 90 d’une forteresse au Moyen Orient par un commando très stylé. Autant dire que pour moi, c’était emballé dès l’intro de la musique.

Le reste ne m’a pas déçu. Certes, le coup du jeune homme un peu rebelle et largué mais avec un bon fond, pris en main par un (pas si) vieux briscard pour devenir, ici, un espion, et qui devient un crack, on l’a vu 100 fois. Mais ce qui compte, c’est l’exécution. Comme le dit le personnage de Colin Firth, aristocrate espion, « Manners maketh man », les manières font l’homme, et la manière fait le film.

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Et la manière, le film l’a, oh oui. Décalé mais bien construit, brillant et drôle, il réussit ce délicat mélange des genres d’une comédie d’action bien ficelée, avec des personnages caricaturaux mais attachants. L’espion dandy, le prolo englué par son milieu, le méchant mégalo (Samuel L. Jackson zozotant), l’aristocrate snob… Bien sûr, le film joue des références aux autres films d’espion. Le méchant a une acolyte / exécutrice aux armes redoutables que je vous laisse découvrir, qui l’apparentent à une super vilaine (Sophia Boutella).

Le héros, Eggsy (joué par Taron Egerton, plus ou moins inconnu avant ça), est plutôt insignifiant au début, mais gagne en présence au fil de son apprentissage. A la fin, il m’a rappelé le charme canaille du Leonardo DiCaprio d’il y a 10 ans. Et ce n’est pas la princesse Tilde de Suède qui va me contredire… (dans le film)

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Les seconds rôles (Merlin, Roxy…) sont tous impeccables. N’étant pas au courant de sa présence, j’ai reconnu avec surprise Mark Hamill, alias Luke Skywalker de la Guerre des Étoiles. Avec surprise et un peu d’appréhension, à l’idée qu’il va jouer dans les prochains films de la franchise. Parce que j’étais plutôt une Lukette qu’une Hanette (so sue me : j’ai découvert la série par le Retour du Jedi, que Han commence à l’état de décoration d’intérieur alors que Luke est un Jedi confirmé et plus un paltoquet aux oreilles pleines du sable de Tatooine). Et qu’il a bien morflé, Mark Hamill.

Enfin bon, c’est vrai que c’est parfois terrible de vieillir, mais c’est toujours mieux que l’alternative.

(petite pensée pour Leonard Nimoy, qui nous a quitté ce week-end).

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P.S. : étant donné que l’actualité mondiale a été phagocytée par une histoire de robe bleue et noire que la moitié des gens voyaient blanche et dorée, j’ai trouvé amusant le logo de Marv, la société de production de Matthew Vaughn qui co-produit le film :

Logo de Marv

Parce que si vous ne lisez pas de mot sur le fond, c’est que vous êtes sans doute daltonien.

Corson – review de The Rainbow, son premier album

Sans mettre un jeu de mots dans le titre de l’article. Promis. *

Ca fait un moment que je parle de Corson sur ce blog, depuis que j’ai eu la chance de le découvrir en première partie d’un chanteur qui finalement ne chanta pas ce soir là, en mai 2014. Comme sa musique avait toutes les qualités que je recherche (belles mélodies, puissance lyrique, paroles évocatrices, voix remarquable et interprétation convaincue), j’ai immédiatement adhéré. J’attendais donc avec impatience l’album. Depuis longtemps. Très longtemps.

Vous pouvez vous référer à mon compte-rendu du dit concert.
A celui de remplacement de juillet 2014, dont Corson assurait également la première partie.
A son apparition dans le live Voltage FM au Cirque Sauvage.
A ma critique de son EP numérique, « Loud ».
Et à son concert en vedette au Café de la Danse en novembre dernier.

Mais ca y est, depuis lundi 12 janvier, il est enfin disponible, un peu partout en France, toutes enseignes confondues. Cherchez-le plutôt au rayon pop-rock international, les vendeurs ont tendance à le caser là en raison du titre en anglais, « The Rainbow ».

On y retrouve une bonne partie de titres déjà sortis sur Amazon et dont les clips sont visibles sur le web, pour certains depuis 2 ans maintenant (We’ll come again, the Rainbow, Raise me Up, et Lost in the air en live chez Off TV), ou dans l’EP de septembre (Loud, Made of Pain).

Il reste une bonne moitié de chansons inédites (ou qui le seraient si on n’avait pas déjà eu l’occasion de les entendre presque toutes en concert avant). On n’est pas passés loin de ça :

L'album de Corson

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Cinéma : Dragons vs Dragons 2

Je ne fais pas systématiquement d’articles sur les films que je vais voir, mais avant d’avoir le temps de voir celui-ci, j’ai vu pas mal de critiques de bloggeurs concernant Dragons 2. Les reproches faits étaient, pêle-mêle :

– l’accumulation de clichés
– le recours systématique à des petites blagues au lieu d’un scénario
– le scénario est nul
Avec en bonus « Alors que le premier était super! ».
Et c’est là que j’ai tiqué.

Alors évacuons déjà ce sur quoi tout le monde est d’accord : visuellement, le film est très beau, si on ne se formalise pas du design cartoonesque à textures réalistes des personnages. Les scènes de mer en particulier ont l’air filmées et non recréées sur ordinateur (j’ai d’ailleurs un doute). Les dragons et le rendu des vols sont impressionnants, quoique dans le genre « kiff de ouf que j’aimerais bien vivre et qui te fait sentir le vent dans les cheveux », j’ai trouvé Avatar plus « OH PUTAIN JE VEUX Y ALLER! « . Les petites touches viking des décors sont pas mal aussi, même s’il ne faut pas s’attendre à une quelconque fidélité historique.

Et donc, l’histoire.
Avant même de rentrer dans la salle, je me demandais en quoi le scénario ou son traitement pouvaient bien être plus clichés, plus « petites blagues » que le premier. D’autant que je venais seulement de le voir après l’avoir raté au cinéma, donc son souvenir était frais dans ma mémoire.

On est clairement dans un univers de vikings de fiction, pas seulement à cause de la présence des dragons (ça offusque d’ailleurs certaines personnes parce que non on ne devrait pas appeler ça des vikings car c’est une trahison gnagna. Et des dragons, y’en avait en Scandinavie à l’époque? Non alors… taggle merci). Dans Dragons, c’est un village de gros bourrins bardés d’armes qui ne vivent que pour se battre contre les dragons. On n’est pas vraiment dans la finesse… Dans le deuxième, vu qu’entre-temps ils ont découvert que les dragons n’étaient pas des ennemis à détruire, ils sont un peu plus tolérants et moins caricaturaux. Enfin, un chouïa.

Et l’histoire du premier film, arrêtez-moi si elle vous rappelle quelque chose : un jeune garçon incompris par son père et son entourage parce qu’il est différent (il est sensible, il n’aime pas se battre) se révèle avoir un talent que les autres n’ont pas, et grâce à son courage et son grand cœur, il sauve ses proches, se fait des amis, gagne le coeur de la fille et se rapproche de son père. Le tout en balançant des petites blagues avec un sourire en coin (et, comme c’est un film Dreamworks, avec un sourcil relevé).

Oh ben dites donc, ça va révolutionner le cinéma d’animation tout ça…

Entendons-nous bien : quand j’ai vu Dragons, j’ai trouvé ça bien. J’ai passé un bon moment, mon cerveau premier degré m’a fait rigoler et verser ma larmichette, et le dragon m’a plu. Mais la partie second degré / scribouillard de mon cerveau s’est dit aussi :
– « Quelle originalité, le héros est un gamin sensible et pas populaire. Oooh, il dessine en plus! Un artiste! Ca sent à peine la revanche du dessinateur brimé à l’école, ça ».
– « Ah tiens. Il fait copain-copain avec un dragon. Et pas n’importe quel dragon, hein, un Furie Nocturne, l’un des plus redoutables d’après le guide. Même si dans la pratique, il ressemble plutôt à un gros chaton noir avec des ailes, et il en a le comportement aussi. Bien joué pour que le public s’y attache. »

En résumé, c’est très bien fait, mais rien de neuf sous le soleil. C’est même un catalogue de clichés, où le héros impopulaire (et artiste, très important ça) finit par emballer une nana (attention, la jolie et intelligente, pas le laideron débile), domestiquer le plus puissant et mystérieux des pouvoirs (Harry Potter?) et sauve le monde (enfin, son village, Beurk, c’est un bon début).

Alors j’ai l’impression que les gens qui, sur Twitter entre autres, se sont auto-réconfortés sur le fait que Dragons 2 n’était pas bon, et pas du tout à la hauteur du premier, ont gardé une image sublimée du premier. Parce que même si le scénario n’était pas follement original, il offrait un peu plus de surprises que le premier – ce qui, du reste, n’était pas bien dur.

Lecture : Enfants de la guerre (3e partie) : Naître ennemi, de Fabrice Virgili

L’historien Fabrice Virgili a consacré plusieurs livres à la Seconde Guerre Mondiale, en particulier sous l’angle des femmes dans la guerre. Dans Naître Ennemi, il fait le tour d’un sujet qui en découle : les enfants franco-allemands nés de liaisons durant la guerre. D’un côté de la frontière, sous l’Occupation, les troupes allemandes s’installant pour de longs mois cherchent à nouer des liens. De l’autre, les Français travailleurs volontaires ou réquisitionnés, et même les prisonniers de guerre appelés à travailler aux côtés des Allemandes, les Allemands ayant été enrôlés et envoyés au loin. Sur ceux-là, il y a moins de données chiffrées, car la clandestinité forcée les faisait échapper au recensement.

Naître ennemi de Fabrice Virgili

De part et d’autre, les relations étaient mal vues, voire interdites dans le cas de femmes mariées dont l’époux était sur le front pour défendre le pays, ou dans le cas des prisonniers de guerre. Ou encore, pour les Allemands, si la maîtresse ne répondait pas aux stricts critères d’exigence raciale du Reich. De relations brèves et vénales pour améliorer le quotidien en temps de rationnement, aux histoires d’amour que les amants tenteront d’officialiser jusqu’après la fin du conflit, tous les cas de figure co-existent.

Il n’y a pas qu’une histoire d’enfant franco-allemand. Après la naissance (pour ceux qui n’auront pas été supprimés avant), certains sont adoptés par une tante ou une grand-mère pour que le mari rentrant de guerre ne découvre pas l’infidélité de sa femme. D’autres sont rejetés parce qu’ils font de la mère une fille-mère ou rappellent son « péché » dans une société encore très patriarcale. Si les mères françaises ont été dénoncées pour « collaboration horizontale » et accusées d’aide aux nazis, l’épuration de la Libération les éloigne durablement de leur enfant.

Dans ce climat, très rares sont ceux qui sauront d’emblée que leur père venait de l’autre côté de la frontière, ou l’apprendront dans la cour d’école en se faisant traiter d’enfant de Boche. Les mères leur taisent l’histoire de leur naissance, par peur du jugement, pudeur, déni.

Ce qui ressort notamment de ce livre, c’est que lorsqu’un premier documentaire a abordé le sujet à la télévision (« Enfants de Boche »), ces enfants devenus quinquagénaires se sont enfin sentis autorisés à exister et à raconter leur histoire, à chercher les réponses qu’on leur avait cachées.

Pour cela, ils peuvent maintenant compter sur le concours d’administrations plus habituées et enclines à leur répondre. Et à des associations franco-allemandes, comme l’ANEG (Association Nationale des Enfants de la Guerre) ou Coeurs sans Frontières.

Informations pratiques
Naître ennemi, de Fabrice Virgili
Editions Payot (réédition en Petite Bibliothèque Payot en janvier 2014)

Autres ressources :
« Mon père s’appelait Werner », documentaire audio de Delphine Simon.

« Enfants de Boche », documentaire vidéo de Christophe Weber et d’Olivier Truc.

Lecture : Des fleurs pour Algernon, par Daniel Keyes

La science-fiction reste mal considérée par une certaine frange de critiques littéraires et même certains libraires, mais il y a des textes auxquels même eux s’accordent à trouver des qualités. Des Fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, fait partie de ces classiques du genre.

Algernon, c’est le nom d’une petite souris de laboratoire à qui on a fait subir un traitement chirurgical et hormonal afin d’accroître son intelligence. L’expérience ayant réussi, les savants décident de tester le même protocole sur un attardé mental, Charlie Gordon.
Charlie a la trentaine mais le développement d’un enfant. Il est commis et homme de ménage dans la boulangerie d’un brave homme, ami de son défunt oncle. Il vit seul et n’a plus de contact avec ses parents.

Le livre, c’est son journal, qu’on lui a demandé d’écrire pour tracer son ressenti des changements qu’il subit. Ses premiers « conte randu » sont hésitants, laborieux. Il a du mal à se souvenir de grand-chose et plus encore à se projeter dans l’avenir. Il a appris à écrire dans un cours pour adultes attardés, où il est le plus motivé. C’est pour sa motivation qu’il a été choisi. Il se sent accepté et apprécié à son travail, mais il aimerait être « un telijen » comme eux pour se faire des amis et se sentir moins seul.

L’expérience réussit. Charlie écrit de mieux en mieux, comprend de plus en plus de plus de choses. Il commence à comprendre, entre autres, que si ses collègues parfois l’emmènent avec eux dans leurs sorties, c’est pour rire à ses dépens, et non par amitié. Ils ne savent pas qu’il a été opéré, mais ils se rendent compte qu’il change. Il apprend. Il ne se laisse plus faire, et quand on le malmène, il s’en souvient.

Il apprend tellement vite que très bientôt, il lit des livres compliqués, suit des cours à l’université où il retourne chaque jour passer des tests pour le suivi de l’expérience. Les discussions d’étudiants qu’il admirait et trouvait de haute volée lui paraissent vite stériles et peu informées. Il apprend les langues, les sciences, et s’étonne et s’énerve que les docteurs qui l’ont opéré soient des imposteurs et non des génies. Des hommes normaux.
L’auteur retranscrit intelligemment le décalage qui se crée entre l’intelligence formelle de Charlie, qui atteint des sommets, et sa compréhension du monde, partie de postulats conçus alors qu’il était déficient.

Charlie finit par se rebeller et partir vivre sa vie. Son QI de 185 ne parvient pas à résoudre la relation amoureuse qu’il voudrait nouer avec Alice Kinnian, l’enseignante de son cours pour attardés, devenue sa confidente. Il veut aussi revoir ses parents et sa soeur Norma – la bien nommée, par qui sa mère a voulu se rassurer sur sa capacité à concevoir une enfant « normale ». Ses retrouvailles avec cette mère destructrice et sa soeur sont un des moments les plus poignants du livre. Il se cherche. Etre devenu plus intelligent ne l’aide pas à se faire des amis – au contraire, il est maintenant trop intelligent et ne trouve pas d’interlocuteur à sa mesure.

Coïncidence : alors que je venais de finir ma lecture, Arte en diffuse une adaptation télévisuelle, sobre mais fidèle. Grégory Gadebois joue l’unique rôle de ce monologue, mais le tournage en décors naturels d’un Charlie occupé à vivre sa vie permet d’éviter trop de statisme.

La vidéo est visible en replay pour quelques jours ici.

Elle renforce, que ce soit volontairement ou pas, la revendication de Charlie tout au long du livre : qu’on lui reconnaisse le statut d’être humain, y compris au Charlie « simple » d’avant l’expérience, et pas seulement celui d’anomalie ou d’expérience de laboratoire. Sa visite de l’Asile Warren, où sa mère avait voulu le faire interner, est un autre moment fort du livre. Les patients mais aussi les soignants y sont montrés avec beaucoup d’humanité.

Cinéma : Maléfique : magnificent Maleficent, et après?

Au diapason du reste d’Hollywood, Disney a décidé de revisiter ses propres classiques en les noircissant un peu, pour attirer un public plus âgé que pour ses films d’animation. Après Alice au Pays des Merveilles réalisé par Tim Burton et une Blanche-Neige en armure incarnée par Kristen Stewart dans Blanche-Neige et le Chasseur (indépendant de Disney), ils s’attaquent à la Belle au Bois Dormant. L’angle choisi est de raconter l’histoire du point de vue de Maleficent, la méchante sorcière.

On commence donc par un long flashback montrant une Maleficent enfant-fée, dotée de somptueuses ailes d’aigle et d’une magie orientée vers les végétaux qu’elle met au service de la défense de la Lande où vivent les créatures de légendes : gnomes, fées, arbres qui marchent… Le royaume voisin habité par des humains convoite leurs richesses. Un jour, Maleficent rencontre ainsi Stéphane, un garçon de son âge venu dérober des pierres précieuses. Il fait amende honorable, et les deux orphelins deviennent amis.

(attention, spoilers)

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J’aurai ta peau, Dominique A

Je n’ai pas souvent eu l’occasion de parler de BD sur ce blog consacré aux fans. Cet album d’Arnaud le Gouëfflec et Olivier Balez me donne l’occasion de réparer cette négligence. « J’aurai ta peau, Dominique A » est un polar qui tourne autour de ce chanteur français, qui a reçu cette année la Victoire de la Musique d’Artiste Masculin de l’année. Il reçoit une lettre anonyme à l’ancienne, avec des lettres découpées dans des journaux, écrivant ce message sybillin : J’aurai ta peau, Dominique A.

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Alors que son manager y voit un accomplissement (seuls les stars reçoivent des lettres de menace), le chanteur s’inquiète légitimement. D’autant qu’il fait rapidement l’objet d’une tentative d’assassinat. Il cherche conseil auprès de son ami Philippe Katherine, mais une question le taraude : pourquoi lui? Il n’a pas fait de chanson polémique, ni pris d’engagement politique extrême.
Alors certes, il a au moins un fan un peu extrême, qui se fait le même look que lui et est présent à chaque concert au premier rang, criant son nom et essayant de le rencontrer… Serait-ce lui l’auteur de la lettre de menaces?

Je vous laisse le découvrir, d’autant que la bande dessinée fait partie de la sélection pour le prix BullesZik 2013, de bandes dessinées autour du thème de la musique.

A noter également que Dominique A a publié dans son coffret Le Détour, en 2002, des témoignages de fans sur leur rapport à sa musique. Et qu’il a écrit la préface de cette bande dessinée.

J’aurai ta peau Dominique A, éditions Glénat, de Arnaud Le Gouëfflec (scénario) et Olivier Balez (dessins), 2013.

Biographie : Marilyn Monroe : Confession inachevée

C’est une autobiographie un peu étrange que celle, inachevée, que Marilyn avait commencé à rédiger l’année de ses 28 ans, à la demande de son agent. Ecrit avec le scénariste et écrivain Ben Hecht, on se demande, comme toujours dans les autobiographies, quelle est la part de vérité et celle de réécriture d’un personnage public dans l’exercice.

Curieusement, de toutes les autobiographies d’artistes que j’ai lues ces derniers temps, celle-ci s’avère dégager le plus de candeur, tout en étant, par endroit, très directe et critique envers le monde d’Hollywood. Plus que d’autres qui, semble-t-il, caressent dans le sens du poil un milieu auquel ils appartiennent encore… C’est peut-être la raison pour laquelle cette biographie a été abandonnée en chemin, et n’a été publiée que douze ans après la mort de l’actrice.

C’est pourtant une lecture qui révèle une jeune femme à la fois finement observatrice et en même temps mal à l’aise dans le milieu du cinéma, dont elle incarne pourtant toute une époque à nos yeux.

Extraits :

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A Hollywood, une vedette n’est pas seulement un acteur, une actrice ou un grand ponte du cinéma. Ca peut être également quelqu’un qu’on a récemment arrêté pour un délit quelconque, ou passé à tabac, ou mis sur la sellette dans une histoire de ménage à trois. Si les journaux en font tout un plat, alors cette personne sera traitée comme une vedette tant que durera sa publicité.
Je ne sais pas si la haute société est différente dans les autres villes mais, à Hollywood, les gens importants ne peuvent pas supporter d’être invités dans un endroit où il n’y a pas d’autres gens importants. La présence dans l’assemblée de quelques personnes ordinaires ne les gêne pas, car ils trouvent en eux une oreille attentive. Mais si une vedette, ou le directeur d’un studio ou n’importe quel autre grand personnage du cinéma se retrouvent assis parmi une foule de gens anonymes, ils sont alors pris de panique, comme si on essayait de les déclasser.
Je n’ai jamais pu comprendre pourquoi les personnages en vue éprouvaient un tel besoin de se mettre sur leur trente et un et de se rassembler pour se regarder les uns les autres. Trois ou quatre d’entre eux peut-être auront quelque chose à dire à quelqu’un, mais les vingt ou trente autres se contenteront de rester assis comme des moules sur un rocher et de s’épier mutuellement, un sourire en toc sur les lèvres.

p108
Autre aspect capital de ces réceptions hollywoodiennes : c’est là que se font et se défont les idylles amoureuses. Presque tous ceux qui assistent à une grande « partie » espèrent non seulement un mot flatteur pour eux dans les colonnes des journaux, mais comptent bien aussi tomber amoureux ou séduire un nouveau partenaire avant la fi de la soirée. Il est difficile de croire que l’on puisse avoir le béguin quand on s’ennuie à mourir, mais je sais que c’est vrai, parce que ça m’est arrivé plusieurs fois.
Dès que j’eus les moyens de m’offrir une robe du soir, j’achetais la plus voyante que je pus trouver. Elle était d’un rouge éclatant, avec un décolleté plongeant et, en général, elle rendait folles de rage la plupart des femmes présentes. J’étais désolée en un sens d’utiliser ce moyen mais le chemin était long à parcourir et j’avais besoin du maximum de publicité pour parvenir au but.

p109
Je ne prononçais en général pas trois mots au long du dîner, mais, assise à côté de Mr Schenk, je m’imbibais de tout ce qui se disait comme une éponge. Les rumeurs selon lesquelles j’étais devenue la petite amie de Mr Schenk ne me gênèrent pas au début. Mais par la suite je finis par m’en irriter. Mr Schenk ne m’a jamais effleurée du bout du doigt ni même essayé de le faire. Il s’intéressait à moi parce que j’étais un élément décoratif à sa table et parce que j’avais ce qu’il appelait une personnalité « à contre-courant ».
J’aimais être assise près de la cheminée avec Mr Schenk et l’écouter parler de l’amour et du sexe. Il était plein de sagesse sur ces deux sujets, comme s’il avait eu beaucoup d’expérience dans ce domaine. J’aimais aussi observer son visage. C’était autant le visage d’une ville que celui d’un homme. On pouvait y lire toute l’histoire de Hollywood.

(après avoir refusé la proposition d’un ponte de passer la nuit avec lui sur son yacht)

p118
Je regagnai ma chambre au volant de ma voiture. Oui, il y avait quelque chose de spécial chez moi, et je savais ce que c’était. J’étais le genre de filles qu’on retrouve morte dans une chambre minable, un flacon de somnifères vide à la main.

(après avoir rompu avec le premier homme dont elle soit vraiment tombée amoureuse, et qui durant leur relation multipliait les remarques méprisantes. Y compris lorsqu’elle lui fit le cadeau somptueux d’un bracelet lorsqu’elle eut son premier contrat)

p145
Il m’a fallu deux ans pour régler au bijoutier la totalité des cinq cent dollars. Lorsque je lui ai enfin remis le dernier versement de vingt dollars, mon amant était marié à une autre.

p157
Je me suis demandé parfois lorsque je jouais dans un film si ceux qui en étaient responsables n’avaient pas fait écrire le scénario par leur enfants et je pensais : « Est-ce que ça ne serait pas merveilleux si j’ouvrais une porte par mégarde et que je les tous là – les enfants qui sont les vrais auteurs du scénario -, une pièce pleine de gosses de huit à neuf ans. Je pourrais alors trouver le directeur du studio et lui dire : « Vous n’auriez pas un scénario un peu moins médiocre à me proposer? Quelque chose d’un peu plus humain, de plus vécu. » Et quand il me répondrait que ce scénario avait été écrit par les plus grands cerveaux du pays et que j’étais une idiote de le critiquer, je lui répondrais que je connaissais son secret – la pièce remplie de bébés chargés de fabriquer tous les films. Il pâlirait alors et cèderait; on me donnerait ensuite un scénario écrit par un adulte et je deviendrais une véritable actrice.
Je ne me suis pas raconté ce genre d’histoires pendant que je tournais Asphalt Jungle, parce que c’était un scénario adulte. Et puis j’avais un public qui me regardait jouer – un public composé d’une personne, le metteur en scène. C’est excitant de travailler avec un metteur en scène comme Mr. Huston. Certains réalisateurs semblent prendre plus d’intérêt à photographier le décor que les acteurs. Ils n’arrêtent pas de déplacer la caméra et de dire « Voilà qui fera un plan formidable. » Ou encore : « Ca va être superbe. On va avoir la cheminée et le masque oriental dans le champ. » Ou bien ils disent : « Ca fera un plan de coupe formidable. Ca nous donnerai un rythme plus rapide. »

p179
Jamais il n’a été jaloux de telle ou telle chose que j’aurais faite, mais uniquement de ce que j’aurais pu faire. La plupart des hommes que j’ai connus ont été jaloux pour la même raison. Et j’ai toujours aimé leur jalousie. Souvent, c’était le seul aspect sincère de leur amour. Pour la majorité des homme, ce sont les tourments et non pas le bonheur que vous apportez dans leur vie qui vous donnent de l’importance. Mais il y a une forme de jalousie que je n’ai jamais supportée. Celle qui pousse un homme à vous harceler de questions sur les autres hommes, à exiger des confidences toujours plus détaillées. Dans ce cas, j’ai l’impression que ce jaloux s’intéresse plus à ces hommes qu’à moi et qu’il masque son homosexualité en se prétendant dévoré de jalousie.

p201
Le pire à mon avis, c’est que, lorsque les gens se mettent sur leur trente et un pour aller à une soirée, ils laissent leur véritable personnalité chez eux. Ils deviennent des acteurs sur une scène, jouent à se croire importants et veulent vous impressionner avant tout par leur fausse importance. Mais le plus détestable peut-être c’est que, sous le prétexte de se réunir « en société », les gens n’osent pas se montrer humains ou intelligents. Ils ont une peur bleue de se singulariser. Non seulement ils s’habillent de la même façon, aussi bien les hommes que les femmes, mais encore ils pensent de la même façon. Et, pour chacun, il est entendu que les invités ne tiendront que des propos « mondains ».
Lorsque je vois des gens prendre des airs avec moi, ou se pavaner parmi le tout-venant des personnalités, je me pétrifie. J’aime bien les gens importants, mais je les aime quand ils font des choses importantes – pas quand ils se contentent de collectionner les courbettes des comparses et sous-fifres.
Dans ces réceptions du Tout-Hollywood se rencontrent aussi des personnages inconsistants, mal définis, qui auront le lendemain les honneurs de la presse et seront cités parmi les « reconnus de l’assistance », mais qui se contentent d’errer au hasard comme des extra sur un plateau de cinéma. Ils semblent n’avoir rien à dire et rien à faire, sinon meubler élégamment le décor.
S’il m’arrive de m’approcher d’un groupe de ces figurants, ils se mettent tous à jacasser, à rire et à tenir des propos incompréhensibles. J’ai l’impression qu’ayant enfin trouvé quelqu’un de plus mal à l’aise qu’eux – moi, en l’occurrence – ils se donnent un mal de chien pour me faire croire qu’ils s’amusent et se sentent parfaitement chez eux. Les soirées hollywoodiennes non seulement me déconcertent, mais encore me déçoivent bien souvent. Et ma déception se précise par exemple lorsque je fais la connaissance d’une vedette que j’admirais dans mon enfance.
J’avais toujours imaginé que les vedettes de cinéma étaient des êtres fascinants, pétris de talent et d’originalité. Quand il m’arrive d’en rencontrer une au cours d’une soirée, je découvre souvent un personnage terne et borné. Je me suis souvent ainsi tenue silencieuse durant des heures au cours d’une réception à regarder mes idoles de l’écran se transformer sous mes yeux en fantoches sans envergure.

(au sujet du calendrier)

p208
Quelques semaines plus tard, je constatais que, loin de me nuire, cette histoire m’avait été favorable. D’une part les gens avaient été touchés de découvrir cette preuve de mon honnêteté, et de plus, le calendrier, très apprécié, se vendit à plusieurs millions d’exemplaires.
Pour en revenir à mon ascension si peu orthodoxe vers la célébrité, elle a été imposée uniquement par le public de cinéma, et la majorité de ce public était en uniforme et en Corée, en train de se battre.
Par milliers, par centaines de milliers, les lettres ont commencé à déferler au studio. Elles m’étaient toutes adressées. Elles arrivaient au rythme de trois mille cinq cents, puis de cinq et sept mille par semaine.
Je recevais cinq fois plus de courrier que la vedette qui venait en tête du box-office de l’époque, Betty Grable.
Les rapports envoyés par le service du courrier à la direction la plongèrent dans la confusion. Le service publicité fut convoqué et on lui demanda si son personnel s’étaient engagé dans une campagne secrète en ma faveur. Ca n’était pas le cas. Les lettres arrivaient en masse parce que les spectateurs m’avaient vue à l’écran et se sentaient suffisamment emballés pour écrire et me remercier ou me demander un autographe.
On annonça dans les potins de cinéma que les spectateurs saluaient en moi la nouvelle coqueluche d’Hollywood. Ca n’était pas le résultat d’un communiqué. Les journalistes publièrent la nouvelle parce que tout le monde en parlait.
Au début, les grands patrons du studio demeurèrent de glace. Ils avaient leurs propres stars à lancer. J’étais considérée par M. Zanuck comme une sorte de phénomène qui, pour une raison indéfinissable, exerçait, sur le public, une fascination morbide.
[…]
Il était clair que M. Zanuck ne m’appréciait guère et ne me trouvait pas plus de talent ou de beauté que le jour où il m’avait mise à la porte un an plus tôt sous prétexte que je n’étais pas photgénique. Les grands manitous des studios sont très jaloux de leurs prérogatives. Tout comme ceux de la politique, ils aiment choisir leurs propres candidats à la renommée. Ils n’aiment pas que le public s’en mêle et leur colle sur les bras une créature de leur choix en déclarant : « C’est elle qu’on veut ».

Des propos qui restent, pour la plupart, bien actuels…

Lecture : Big Fan, de Fabrice Colin

C’est un étrange roman en trois histoires parallèles que nous présente Fabrice Colin. D’abord, une biographie détaillée du groupe anglais Radiohead, émaillé de commentaires acerbes.

Sans intérêt. L’aspect commercial n’a jamais été un problème pour Radiohead. Seul l’aspect artistique importe. On croirait que tu parles de l’un de ces groupes indie stupides qui ne vivent que pour ne pas vendre de disques.

On devine assez vite que ceux-ci sont l’oeuvre de Bill Madlock, dont les lettres constituent la deuxième partie du roman. Il y décrit son quotidien depuis une prison, sans qu’on sache pourquoi il y est détenu. Il parle aussi d’une conspiration qu’il espère déjouer, d’un clone quantique et d’une imminente fin du monde. Le troisième récit en parallèle est celui de sa vie, jusqu’à ce qui l’a conduit en cellule. Au fil des pages, on découvre les théories alambiquées qu’il a construites autour de Radiohead et de son chanteur Thom Yorke.

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C’est là que la biographie du groupe est utile, pour les lecteurs qui, comme moi, ne sont pas des experts. Bill Madlock alias Gros Bill, c’est un fan de la variété la plus extrême, celui pour qui la musique devient le centre du monde, et l’artiste le sauveur du monde… à protéger à tout prix.

L’ensemble est assez prenant, même s’il parlera sans doute plus aux fans de Radiohead qu’aux béotiens. Un portrait intéressant de fan « extrême ».

Avec tout le respect que je lui dois, Bill Madlock ressemble au cinglé qui sommeille en moi : le fan que nous voudrions tous être et que nous avons probablement été, quelques semaines durant, aux alentours de nos quinze ans.

Big Fan, roman de Fabrice Colin, Editions Inculte, 2009