Portrait de fan (2) : l’analyste

« I’ve analyzed anything, everything that you do

I’m physically, mentally over-obsessed with you »

Screamin’ – Tokio Hotel

Description

L’analyste est une sous-catégorie du collectionneur-archiviste. Non seulement il veut connaître tout ce qu’a fait son idole, et tout ce qui a été dit et écrit sur elle, mais il voudrait aussi connaître tous les rouages de sa personnalité et de son processus de création. Pour cela, il dissèque à outrance le moindre événement a priori insignifiant, pour en tirer toutes les hypothèses possibles. Il peut disserter pendant trois jours sur les interprétations à donner à un changement d’adjectif dans les paroles d’une chanson lors de son interprétation en concert (alors que l’explication la plus probable est un trou de mémoire ponctuel).

S’il a un minimum de recul, il conclura qu’on ne peut de toute façon pas statuer sans connaître la personne. Ca ne l’empêchera pas de continuer à cogiter à voix haute et de faire part de ses théories de spécialiste à qui veut l’entendre.

Chez les auteurs de fan-fictions, cela se traduit par des envolées psycho-philosophiques sur le pourquoi du comment de chaque détail d’une vidéo, et une tendance à transformer un commentaire fait en passant en trait de caractère marqué. Ainsi, le musicien qu’on voit se plaindre une fois de la saleté des coulisses se verra taxé d’être un maniaque de la propreté, phobique des germes. Un personnage de fiction qui saute négligemment une barrière dans un épisode devient un gymnaste accompli à qui on prête un passé de sportif de haut niveau, ou des prouesses hors du commun dans les fan-fictions et même les discussions.

C’est que la nature a horreur du vide, et quand les gens s’ennuient et qu’ils n’ont pas d’autre sujet de cogitation à portée de neurone, leur cerveau s’occupe comme il peut avec ce qu’on lui fournit. Pour certains ce sera les péripéties de la télé-réalité du moment, pour d’autres la politique, d’autres encore deviner les gagnants du quinté. Pour les fans, c’est leur sujet habituel.

Oui, c’est ce que je fais en rédigeant ce livre sur les fans, aussi. C’est vous dire si je sais de quoi je parle.

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Avantages

Dans la somme de leurs hypothèses, il s’en trouvera forcément une qui tombe juste. Et puis ils arrivent à trouver de quoi alimenter les communautés de fans même quand il ne se passe rien. L’oisiveté… ‘fin bref.

Dangerosité

A part surcharger les serveurs des forums et les neurones de ceux qui veulent juste se distraire par leurs messages de dix paragraphes, pas énorme. La parade : la formule d’usage sur les forums anglophones : tl;dr (« too long, didn’t read » – trop long, je n’ai pas lu).

Archétype

Tout auteur de biographie d’artiste, ou le personnage de Gros Bill dans le roman Big Fan de Fabrice Colin. (… cela dit cette série s’annonce mal côté illustration : c’est dingue comme les archétypes de fans dans la fiction sont, physiquement, réduits à beaucoup moins de morphotypes que de profils psychologiques…).

Phrase fétiche

« Je pense que ce qu’il a voulu dire… »

Portrait de fan (1) : Le collectionneur

« Every breath you take, every move you make

Every bond you break, every step you take

I’ll be watching you »

Every breath you take – Police

Description

Plutôt masculin, mais pas exclusivement, sa caricature la plus connue est le geek fan de comics ou de science-fiction. Celui qui chaque semaine dépense une fortune pour acheter toutes les nouvelles sorties, fouiner sur les sites d’enchères, les salons et les boutiques spécialisées à la recherche des incunables, raretés oubliées, éditions limitées avec sérigraphie métallisée et signée de l’auteur. Et qui surtout, surtout, ne sort jamais une figurine de sa boîte ou une édition limitée de son film plastique! (elle y perd de sa valeur). Celui qui fait le désespoir de ses petits neveux parce qu’il a plus de jouets qu’eux, mais qu’il leur interdit de les sortir de la vitrine. Ou qui ne lit ses bandes dessinées qu’entrouvertes, pour ne pas plier la tranche.

C’est l’instinct du chasseur reconverti à la vie moderne, où il ne sert plus guère dans sa forme initiale. On guette, on est à l’affût sur Internet, dans les vide-greniers… qui ne sont pas fréquentés que par des fans de quelque chose de précis, loin de là.

On peut aussi cataloguer dans cette catégorie les archivistes, mémoires vivantes du fandom, qui ont tout lu, tout écouté sur le sujet, et qui surtout, se souviennent de tout. Ceux-là, parfois, mettent en ligne leurs informations, voire leurs fichiers (audio, vidéos, bootlegs…) sous forme de site web ou de base de données. Travail ardu et ingrat d’encyclopédiste, qui peut faire sourire pour un sujet considéré comme futile. Mais qui s’avère ô combien utile aux fans moins acharnés, quand ils cherchent une information précise.

Si vous souhaitez vous faire une place dans un fandom et que vous estimez ne pas être assez bon orateur pour être remarqué sur les forums, ne pas avoir le talent requis pour écrire des fan-fictions ou dessiner des fan-arts, mais que vous êtes passionné et que vous avez du temps et le sens de l’organisation, c’est le créneau qu’il vous faut.

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Avantages

véritable encyclopédie vivante du fandom, il peut dire quel jour est sorti au Pérou le maxi-45 tours du 3e single du groupe, ou chez quel éditeur trouver le tirage de tête de votre BD préférée. Il fait aussi fonctionner presque à lui seul les réseaux de distribution spécialisés, permettant de conserver une diversité de titres et d’artistes en soutenant les œuvres encore inconnues du grand public.

Dangerosité

faible, sauf si vous manipulez sans précaution sa figurine collector de Boba Fett, ou éventuellement si vous possédez chez vous la pièce manquante de sa collection.

Archétype

le vendeur de comics dans les Simpsons, le collectionneur de jouets de Toy Story 2

Phrase fétiche

« Tu ne te rends pas compte, c’est collector! »

Deux chasseurs d’autographes à la Berlinale

Le Tagesspiel raconte leur journée dans cet article.

Je ne comprends pas tout, mais le journaliste a l’air d’avoir bien cavalé de palace en tapis rouge à la suite de Ron et Roland, les deux chasseurs d’autographes, pas toujours malheureux. J’aime bien le commentaire de l’un d’eux sur le fait que certains artistes ne donnent jamais d’autographes ou sont sélectifs, par exemple Robbie Williams « sans espoir, si on n’est pas une jolie blonde de 20 ans ».