Qu’est-ce que la rock’n’roll attitude pour moi?

Bonne question, que Bee Bop a posé sur son blog. J’y ai répondu là-bas, et comme ça m’a donné l’occasion d’aborder des sujets que je voulais évoquer ici, j’en fais un article – en plus étendu et en ayant corrigé mes fautes de frappe. N’hésitez pas à aller voir les définitions des autres blogueurs et de Bee Bop elle-même, ça vaut son pesant de cacahuètes!
Tout le monde semble avoir sa définition de ce qui est rock’n’roll, et je suis rarement d’accord avec. Par exemple, quand un critique musical parle d’un groupe qui fait du rock « bien sale comme on l’aime ». Parce que si par là il entend 3 accords joués très fort mais pas très bien avec une sono approximative qui délivre une bouillie assourdissante « mais c’est sincère », euh bof. Musicalement, pour moi, le rock c’est ce qui est à base de basse batterie guitare épicétou.
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Au niveau lifestyle, je ne suis pas sûre non plus de me sentir concernée. Si je m’habille de préférence en jean noir et t-shirt de groupe pour les concerts, c’est un peu pour faire couleur locale et un peu parce que si je ne mets pas mes t-shirts Babymetal à des concerts, ce n’est pas au travail que je pourrai le faire.
J’ai eu plus d’une fois des commentaires de gens me disant qu’à me voir, on n’imaginait pas que j’écoutais ce que j’écoute. Oui. Je n’ai ni piercing ni tatouage (cf mon article j’aime pas ça – pour moi, vous faites ce que voulez c’est pas mes oignons), je ne m’habille pas non plus gothique – même si une collègue me trouvait un air parce que, à l’époque, j’avais les cheveux teints en noir et je m’habillais souvent en noir. Mais c’est parce que je n’aime pas le criard en vêtements, j’ai la flemme de galérer pour assortir mes vêtements le matin, et le noir pour le boulot, ça fait tout de suite sérieux. Et ça va avec tout. (Maintenant je mets plus de gris, pour éviter le côté croque-mort. Et brouiller les pistes).

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Comets 2008 : prix de la plus belle meuf de la soirée (et la seule avec un pénis)

Je n’ai jamais considéré que le look devait forcément refléter tous mes goûts, musicaux ou autres. Pour diverses raisons :
– ce n’est pas parce que je trouve intéressant que Bill Kaulitz, par exemple (ci-dessus dans sa phase princesse), reprenne l’héritage des stars du glam rock et se soit créé des identités visuelles successives que j’ai envie de lui ressembler pour autant. Il faut différencier costumes de scène / look destiné à un métier d’image et habits de tous les jours.
– le look, c’est assez accessoire (ah ah) pour moi. J’étais normcore avant l’heure. Si je m’y suis mise un peu c’est dans la mesure où ça me facilite la vie, pas pour me la compliquer.

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Je n’en suis quand même pas à ce point (ni si riche)

– justement, j’ai souvent des goûts inhabituels et je connais les préjugés des gens. Je ne vois pas l’intérêt d’afficher tous mes goûts à la Terre entière, surtout si ça peut me pénaliser. Pour vivre heureux, vivons cachés.
– j’aime souvent en même temps beaucoup de choses différentes, alors si je devais porter une combinaison de tous mes goûts du moment, ce serait sans doute hideux. Et même si on s’habille pour soi et pas pour les autres, j’aime autant ne pas me faire saigner les yeux dans le miroir.
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Si je peux revendiquer un aspect de rock’n’roll attitude, c’est de ne pas tenter de suivre une voie autre que la mienne. Ne pas se laisser enfermer dans des conventions, que ce soit celles des bcbg non rockeux ou celles du rock’n’roll, celles des « mundanes » ou celles des geeks.
La rock’n’roll attitude, c’est ça : sois qui tu veux être, quoi que les autres attendent de toi ou te disent. Que ce soit un rebelz en uniforme d’anticonformiste, un créatif en Vans, une jeune fille sage en jupe plissée ou une cougar en cuir, si ça t’amuse. Tant que c’est réellement ton choix, tes goûts, pas ce qui t’es dicté.
Bref, c’est faire comme cette vieille dame croisée dans la rue : respect madame!

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la vieillesse aux cheveux d’argent… oups?

Lecture : Je, la mort et le rock’n’roll, de Chuck Klosterman

Je, la mort et le rock’n’roll, de Chuck Klosterman

Paru chez Naive Livres

Ce livre est un récit de non-fiction racontant le périple d’un critique rock de Spin (célèbre magazine rock) à travers les USA, pour écrire un article sur les endroits où sont morts des gens en rapport avec le rock. Des musiciens, donc, car nombreux sont ceux qui ne sont pas morts dans leur lit, mais aussi les centaines de spectateurs morts dans l’incendie d’un club lors d’un concert de Great White, et autres victimes collatérales.

Ca ne suffit pas vraiment à remplir un livre, ou plutôt ça pourrait s’il s’attardait à enquêter sur ces morts, au lieu de se contenter de passer sur le lieu de leur trépas, sans rien trouver de forcément concluant à en raconter. Il faut dire qu’il a accepté cette mission de sa bombe de rédactrice en chef plus poussé pour le besoin de travailler que sur une inspiration bien définie. On n’en apprendra donc guère plus sur les quelques fans, en dehors du fait que ceux qui font le déplacement (« parfois même du Japon! ») pour dormir dans la chambre de l’hôtel Chelsea (Manhattan) où Syd Vicious a tué Nancy Spungen sont tous, de l’avis du personnel de l’hôtel, des paumés. Pas de surprise, donc.

Mais l’auteur parle à parts égales de ces morts, des péripéties anecdotiques de son voyage (ce qui, à la réflexion, est un pléonasme), de ses rapports avec les femmes et de ses souvenirs de jeunesse. Il n’a pourtant que 31 ans, mais son périple dans l’Amérique profonde lui rappelle son Dakota du Nord natal.

Le mélange ne semble pas très intéressant a priori, et je ne qualifierai pas cette oeuvre de majeure. Mais c’est amusant à lire, et un instantané pas moins signifiant qu’un autre du quotidien d’un trentenaire New-Yorkais cool-quoique-on-se-demande travaillant autour du milieu musical. Et qui avoue de lui-même que la moitié de l’intérêt du job, pour lui et la plupart de ses collègues, est de recevoir en permanence et gratuitement toute la production musicale de l’époque. Un genre de chick litt (« littérature de/pour fille » dont Bridget Jones fut l’emblème) au masculin.