Lettre ouverte à Esprit (la marque)

Cher Esprit,

avant toi, je n’ai jamais été accro aux marques. Un jour, il y a de ça 7 ou 8 ans, mon oeil a été attiré par un motif d’ailes blanches perlées sur un petit top noir tout mignon. Outre qu’il me rappelait quelqu’un, une fois essayé, il s’est avéré très bien coupé, avec de jolies finitions, chose qui devient rare.

Ce fut mon premier achat chez toi. Encouragée par cette bonne expérience, j’ai récidivé. J’ai découvert, petit miracle, que tu faisais des pantalons à ma taille. Cad que je n’avais pas besoin d’y faire d’ourlet, ils tombaient bien, et ils étaient même flatteurs à tous niveaux. Surtout, il faut bien l’avouer, au niveau médian. En clair, des pantalons qui faisaient de belles fesses.

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J’ai aussi acheté moults petits hauts qui, sur cintre, semblaient avoir une coupe improbable, mais qui, essayés en vertu de leur beau tissu, se révélaient canons et originaux une fois portés. Enfin des vêtements dont les concepteurs dessinaient pour de la 3D, et non pour habiller des cintres, justement. De cette époque, donc, je ressortais rarement de tes boutiques sans avoir acheté quelque chose ou repéré quelques pièces. J’en ai même acquis le statut Platinum de la carte de fidélité, chose rare chez moi qui suis à la fois raisonnable et infidèle.

Quand j’avais besoin de quelque chose en particulier (manteau, pull bien chaud, tailleur pour le bureau), je trouvais toujours un modèle qui me plaisait chez toi. On m’a complimenté pour mon nouveau style. Et moi, j’arborais fièrement ton petit sac rouge, même si la marque n’avait pas une grande notoriété. Je voyais de plus en plus de femmes en porter (la ligne hommes a été implantée plus tardivement en France, et sortait moins du lot, les pauvres ayant moins de choix que les femmes en matière d’habillement).

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Un de mes derniers achats de la marque, l’an dernier – non c’est pas moi sur la photo.

Et puis, il y a 3 ou 4 ans, tu as changé. Au visuel et au toucher, les matières n’étaient plus attrayantes, quand elles n’étaient pas carrément moches. Les finitions se sont faites approximatives. Les pantalons d’hiver par exemple n’étaient plus doublés sur toute la longueur, ou seulement sur le devant. Le prix de tes articles de maroquinerie était exagéré surtout pour ceux qui n’étaient même pas en cuir. Les collections ont adopté les mêmes tendances « n’importe quoi qui ne va à personne » que les autres marques – coupes essentiellement dictées par la recherche du profit, vu que les coutures et assemblages diminuent d’année en année. Mais bon, on nous fait croire que si la tendance de l’hiver dernier, c’était les pulls sans bouton ni ceinture, c’est parce que c’est tendance et épuré.

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