Ce que mes fandoms m’ont appris

Je ne parlerai pas ici des compétences transverses, j’en ai déjà fait une liste ici (non exhaustive).

Non, pour moi un fandom, c’est généralement une ficelle qui me permet de tirer sur la grosse pelote que constitue l’univers, pour l’appréhender par de petits bouts plus faciles à assimiler. Exemples au fil de mes différents fandoms :

gauss_aha

A-ha

– langue anglaise. Ce n’était pas ma seule motivation pour apprendre mes leçons, mais ça a aidé. Avec un vocabulaire étrange, vues les paroles de Paul Waaktaar, et sans doute plus riche que si j’avais été fan d’un boys band anglophone de naissance.

– histoire et géographie norvégienne. Pour quelqu’un qui situait Nantes « vers Marseille » et Jacques Brel en Bretagne (à cause du plat pays), admirez l’exploit.

saint seiya old

 

Mangas et animation japonaise

– culture japonaise. En essayant de dépasser le stade « oh c’est joli les cerisiers en fleur et les tatouages de yakuza ».

– langue japonaise. Je n’ai jamais dépassé le stade du déchiffrage approximatif dico à la main, mais ça m’a servi un peu, plus tard. Pas beaucoup, certes. Mais c’est toujours un vernis. Ça fait plaisir au personnel des vrais restaurants japonais que je ne massacre pas trop la prononciation, déjà.

Entretien avec un Vampire

 Les vampires d’Anne Rice

– Internet – c’est à cette époque que je m’y suis mise. J’ai d’ailleurs conservé quelques correspondantes de l’époque, de par le monde (Allemagne, Hong Kong, Australie…), dont une partie que j’ai rencontrée plus tard, ce qui m’a fourni une autre incitation à voyager parfois (cad qu’il y a une Australienne que j’ai rencontrée deux fois, à Amsterdam et Londres, parce qu’à chaque fois qu’elle passait sur Paris j’étais en vadrouille ailleurs).

– et le fandom en ligne, entre mailing-lists et newsgroups.

– la Nouvelle Orléans et les USA.

– les vampires en général. Qui auparavant ne m’intéressaient pas plus que ça.

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(admirez la subtilité de la transition)

River Phoenix

– le cinéma. Je ne me définis pas comme cinéphile, mais maintenant, à force de retenir les noms des gens avec qui il a travaillés et par extension leurs films, je peux faire illusion en parlant de films que je n’ai même pas vus. Classe. (et j’ai aussi vu un certain nombre de films que je n’aurais pas forcément regardés avant de m’intéresser au cinéma par son biais)

– les drogues. De façon théorique. Je suis allergique à la dépendance.

– le véganisme. De façon théorique aussi.

– les Red Hot Chili Peppers, REM (bon eux je les avais déjà entendus et j’aimais déjà), Natalie Merchant.

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Buffy the Vampire Slayer

– les fandoms en ligne, suite (ça avait beaucoup changé).

– conventions et voyages en solo ou en groupe pour y aller.

– les concerts en petites salles d’artistes pas mondialement connus.

 

Tokio Hotel

– langue allemande.

– maquillage et mode.*

– le monde du luxe.

*Ça peut sembler curieux – moi en tout cas j’ai trouvé cocasse – que ce soit un groupe de gars dont 3 pas trop stylés qui parvienne à m’intéresser à un sujet traditionnellement plutôt associé à mon genre. Cela fera l’objet d’un autre article…

Lundi mon Tag : Standing in line to see the show tonight : le Tag Concerts

Je ne trouvais pas de tag à mon goût sur le sujet, alors j’en ai carrément créé un. Que j’ai baptisé d’après les paroles d’une chanson des Red Hot Chili Peppers.

1) Le meilleur concert auquel tu as assisté

Ça va vous étonner peut-être, mais cet honneur revient à Sting pour sa tournée Symphonicity, avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres. J’adore les orchestrations symphoniques, j’aime et je connais presque tout le répertoire de Sting, et pour faire cette tournée il avait travaillé avec des compositeurs comme Michel Legrand pour adapter les chansons pour réellement tirer parti de l’orchestre, au lieu d’une simple transposition. Ça s’entend. D’autant plus que, fait exceptionnel, il avait aussi dû engager des ingénieurs du son qui connaissaient leur boulot, au lieu des peintres guignolos qui font mine de bouger trois tirettes : ce fut la seule fois où j’entendis un son parfait à Bercy, et ce alors que j’étais dans les gradins. Et je n’en ai aucune bonne photo, ayant oublié mon appareil. Ouin. Mais vous pouvez acheter le DVD du live à Berlin, c’est le même que Paris, en HD. La Deutsche Grammophon a fait supprimer toutes les autres vidéos de Youtube, oups! Ne reste que cet extrait ci-dessous.
 

2) Le meilleur concert auquel tu n’as pas assisté (DVD…)

Je triche : j’en regarde peu qui ne soient pas des lives de tournées dont j’ai vu des concerts. Sauf quand je tombe dessus à la télé. J’ai ainsi vu le live de Rammstein au New York Carnegie Hall, sur Arte (si si, combinaison improbable j’en conviens). J’ai fait une exception avec des DVDs de concerts de David Bowie, une fois acquise la certitude que malheureusement je ne le verrai jamais sur scène (c’était quelques années avant sa mort). Et outre les effets scéniques pour lesquels il est bien connu, j’ai été bien bluffée sur le DVD de son Reality Tour de la qualité de sa voix. Prouesses vocales, richesse de l’interprétation, la totale. Regrets, regrets… (ah ben tiens, en regardant Amazon pour l’article, j’ai aussi le regret de ne pas avoir acheté tous ses lives à la même époque, parce que maintenant ils sont introuvables :/ )

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Fandom parodie : Morten, essaie Pantene

Contexte : lorsque Morten Harket a réalisé sa 2e tournée solo après le 2e split du groupe A-ha (oui il faut suivre, je sais), en 2014, c’était la chanteuse française et néanmoins bretonne, Nolwenn Leroy, qui assurait sa première partie sur toutes ses dates en Allemagne. En effet, à l’époque elle y avait un joli succès avec son album de chansons bretonnes. Au même moment, elle arrondissait également ses fins de mois avec des pubs pour le shampoing Pantene. Or Morten, outre sa tessiture étendue, est connu (en tout cas de ses fans) pour une certaine tendance à se dégarnir par le haut du crâne… (d’où son surnom parmi certains fans de « Chaussée aux Moines »).

morten tonsure

Shampoing, tonsure, et les rimes de Morten, Pantene, Nolwenn : il n’en fallait pas plus à mon cerveau pour pondre alors une parodie sur un des titres solo de l’album de Morten. Que je vous livre, la période de prescription étant écoulée (et n’ayant plus guère d’anonymat à protéger sur le forum où cela a été initialement posté).

Pantene

Morten
Tu n’es pas mou, pas comme Nolwenn,
Mais tu devrais essayer Pantene
Comme elle,
Comme elle,
Prends un peigne, Morten
Entre tes couacs et tes faux départs
Tu pourrais t’inspirer d’elle
Comme elle,
Essaie donc Pantene.

J’aimerais bien bien bien bien
que tu chantes mieux
Je donne un rein rein rein rein
pour te voir en show
J’aimerais bien bien bien bien
que tu chantes mieux
Si tu répétais un peu

Hey dis Morten
Le temps passe
Pour tout le monde
Mais certaines choses ne changent pas
Pas en mieux
C’était mieux
Avec A-ha
Morten
Bouger tes vieux abdos en maillot
Ca ne remplace pas ta voix
ta voix
L’amour rend p’t-être aveuuuugle
Il ne rend pas souuurd
Figure-toi

J’aimerais bien bien bien bien
que tu chantes mieux
Je donne un rein rein rein rein
pour te voir en show
J’aimerais bien bien bien bien
que tu chantes mieux
Si tu répétais un peu

Lightning

Lightning,
You would hit me just like lightning,
Give me shelter from the rain
Stay down
Way down
You stay on my mind
Like a flashback like a wind out
I could feel you in my veins
Way down
But not quite like pain

I would give, give, give, give
Eeverything I own
I would live, live, live, live
Like I used to know
I would give, give, give, give
Eeverything I own
To find my way back home

You were lightning
Time went by,
It’s frightening
But it feels like nothing changed
Way down
Stay down
You stay on
my mind
Like sparkles like a new drug
You raise into my veins
Way down
Almost, but not quite like pain
I’m not quite the same
Anymore

I would give, give, give, give
Everything I own
I would live, live, live, live
Like I used to know
I would give, give, give, give
Everything I own
To find my way back home

Qui aime bien châtie bien, il paraît. Quand je n’aime plus, je châtie encore mieux, je trouve…

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Parisienne mais presque : le printemps, j’aime pas ça

Dans le Nord de l’Amérique, ils ont l’été Indien (petit Freaky Friday en loucedé pour June). A Paris c’est le Printé. Où tu passes des giboulées de printemps à une canicule d’été en une journée.

Cette saison où les seuls jours où il fait une température clémente, ni chaude ni froide, c’est les jours de pluie où tu regrettes de ne pas avoir ton gel douche sur toi, histoire de faire d’une pierre deux coup (et non d’une paire de cou…).

anim_totoro rain

et y’a même pas de Totoro

Cette saison pénible où le matin – et l’après-midi à l’ombre -, tu as froid avec ta veste et tes manches longues. A midi tu crèves de chaud en terrasse d’un café où tu respires deux fois plus de pollution (anticyclone oblige). Et suivant les préférences du conducteur de ta ligne de métro / bus, et du goût de tes connards de voisins de rame pour s’exploser les tympans pour une brise chaude parfumée au cambouis, tu crèves de froid (clim) ou de chaud (pas clim) durant ton trajet de retour.

connerie

Cette saison où un jour, tu mets encore ton manteau d’hiver parce que ça caille, et deux jours après il faut retourner tes placards pour exhumer les T-shirts rangés au fond d’une boîte. Mais garder le manteau à portée de main, parce que l’été de mai dure 3 jours et ensuite il peut neiger.

Cette saison où les voisins bruyants recommencent à faire la fiesta toutes fenêtres ouvertes parce que oh là là, on a chaud quand on s’amuse (surtout quand on s’entasse à 20 dans un studio pour danser, eh, banane). Et où ils écoutent forcément de la musique de merde, parce que la bonne musique s’écoute, on ne braille pas par dessus et on n’a pas besoin de faire exploser ses caissons de basse avec.

Cette saison où tu ressors tes chaussures d’été de fille parce que décidément, les bottines ce n’est plus tenable. Et comme tes pieds ne sont plus habitués, tu attrapes des ampoules à chaque paire sur ta peau blême et tendre qui sort de l’hiver. Les pansements, c’est so tendance!

use of sticky plasters due to tight footwear

(Pour ceux qui s’étonnent du nombre de chaussures qu’accumulent les femmes, ce n’est pas seulement par addiction ou par goût. Enfin, ça peut l’être. Mais pour les autres, c’est aussi parce que les chaussures si variées que les femmes ont la chance de pouvoir porter sans chaussettes, pendant que les hommes suent l’été dans leurs chaussures de ville, ont une fâcheuse tendance à faire mal aux pieds. Pas seulement à cause des talons, mais à cause des brides et généralement de la pression qui ne s’applique que sur une surface restreinte de la peau. Donc pour éviter d’appuyer sur la zone qu’on a abrasée le lundi, il faut des chaussures d’une forme différente le lendemain)

Ce bouquet est pour tou(te)s les autres

Ceux qui n’ont pas de mère.

Ceux qui n’en ont plus.

Ceux qui n’ont jamais connu la leur.

Ceux qui préféreraient ne pas en avoir.

Et aussi pour celles qui ne sont pas mères.

Parce que la vie en a décidé autrement.

Parce qu’elles ne peuvent pas.

Ou qu’elles ne veulent pas.

bouquet
Passez une bonne journée, tous et toutes.

Demain est un autre jour.

Portrait de fan (12) : le coq de basse-cour

« Ils travaillent tout comme les castors ni avec leur mains ni avec leurs… pieds »

Les Playboys – Jacques Dutronc

Description

Ce spécimen se rencontre dans les fandoms composés à 90% ou plus de fans féminins. Il part du principe qu’être l’un des rares mâles présents dans le milieu suffit à le rendre important. Et ce d’autant plus s’il s’agit d’un fandom de musique, car tout le monde sait que les femmes écoutent et jugent la musique avec les ovaires, alors que les hommes, eux, s’y connaissent (le gène de la science infuse en théorie musicale se trouvant sur le chromosome Y, coincé entre celui des compétences en mécanique et celui d’expert en football).

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Vous croyez que j’exagère? Sur un forum dont j’étais l’administratrice, l’un d’eux, arrivé récemment, qui postait très peu, pas très bien, et admettait n’avoir que peu de temps à passer sur le forum, m’a demandé de le nommer modérateur du forum, « en tant que seul membre masculin ». Texto.

Je ne sais pas sur quels critères les autres forums choisissent leurs modérateurs, mais la possession ou pas d’un pénis n’entre pas en ligne de compte, ce n’est pas avec ça qu’on tape sur le clavier. Je privilégie 1) une disponibilité qui leur permette d’être utile, 2) la confiance que je leur fais sur la base de leurs interventions passée, et 3) un bon jugement des gens et des situations.

Or le spécimen ne possédait aucune des qualités pré-citées, et n’en faisait pas mystère. Il a présenté la chose comme si ses attributs étaient une raison suffisante pour obtenir son galon de modérateur, alors qu’il n’aurait pas eu le temps de tenir le rôle. Ce qui, en soi, est un excellent indice qu’il n’est pas fait pour ça : d’expérience, les pires modérateurs sont ceux qui ont demandé à l’être.

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Dans le même genre, il y avait ce fan de James Marsters et habitué des conventions Buffy, qui estimait avoir droit à des privilèges dus à son statut de mâle. Par exemple, il exigeait de pouvoir poser plusieurs questions au Q&A, là où tous les autres n’avaient le droit qu’à une seule. Dans une file d’attente, convié à se déplacer par une jeune femme chargée de l’organisation pour ne pas bloquer les sorties de se secours, il lui a répondu que « ce n’était pas une nana qui allait lui donner des ordres ». Sic.

Certes, ce sont là des cas particuliers. Tous les fans masculins ne sont pas des cuistres, loin de là. Mais il semble que certains, plongés dans un environnement plutôt féminin, se sentent obligés d’en rajouter dans le machisme primaire. Peut-être pour prouver que ce n’est pas parce qu’ils aiment un groupe / une série plutôt suivi par des filles qu’ils sont moins masculins pour autant. Ou bien peut-être choisissent-ils d’être actifs dans ce réseau parce qu’ils peuvent y sortir du lot par le simple fait d’avoir un chromosome Y, faute de pouvoir se distinguer ailleurs par leurs qualités humaines.

Comme pour les BNFs, si ces comportements perdurent, c’est entre autres parce qu’il se trouve assez de gens qui les encouragent pour que cela donne des résultats. Dans ce cas précis, beaucoup de fans du genre féminin entourent d’attentions particulières tout spécimen mâle, qu’il soit ou pas pourvu de qualités propres. Quand il l’est, ça se comprend : les fans ne sont pas asexués, et un concert ou une convention est un lieu de rencontre comme un autre. Mais dans le cas du macho malpoli de mon 2e exemple, il y a de quoi se poser des questions.

Et quand j’ai parlé à des membres assidues de mon forum de la demande du 1er exemple, elles ont pris sa défense et conclu que j’avais un problème avec les mecs (enfin, celles qui, je l’ai su plus tard, communiquaient avec lui via MP hors forum. Ah ben oui mais moi tout ce que je connaissais de lui, c’était ses 3 posts sur le forum… Je ne lis pas dans les pensées). Non, j’ai un problème avec les gens qui demandent à être nommés à des responsabilités comme si c’était juste une médaille du mérite, alors qu’ils n’ont même pas l’intention de faire le travail qui va avec. J’ai aussi un problème avec les gens qui ne se définissent que par leur genre. Si tu ne te considères pas d’abord comme un être humain doté de tout un tas de caractéristiques, dont le genre, il y a des chances que tu traites les autres aussi uniquement sur la base de ce qu’ils ont dans le slip.

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Il semble aussi que certaines femmes aient intégré le sous-entendu négatif qu’une fan compte moins qu’un fan pour la crédibilité d’un groupe, au point qu’elles se sentent valorisées par le fait que leur fandom compte aussi des hommes. En tout cas, un fan (de sexe masculin donc) aura plus de chances de pouvoir discuter d’égal à égal avec un musicien qu’une fan. La fan est toujours soupçonnée de pouvoir virer à l’érotomane hystérique, et de n’être là que pour le glamour. Elle ne sera généralement autorisée à s’approcher que si elle est jolie et que le musicien a besoin qu’on flatte son ego (ou une certaine partie de son anatomie). A moins qu’elle ait quelque crédibilité artistique de son côté – si elle fait elle-même partie d’un groupe ou joue d’un instrument. Busty, elle-même critique musicale, souligne bien le phénomène dans son livre « Groupies! ». Rien de plus qualifiant pour avoir droit au chapitre en coulisses que de maîtriser soi-même un symbole phallique par excellence : la guitare, le micro, à défaut le stylo.

Le pendant féminin du coq de basse-cour se rencontre dans les fandoms plutôt masculins comme les comics, ou les passe-temps comme les jeux de rôle ou les jeux vidéos – encore que le public de ceux-ci soit devenu largement plus mixte depuis une dizaine d’années. Pour citer une geekette interrogée dans le documentaire « Suck my geek »[1], « on peut être féminine et poutrer du zombie ». Cela leur vaut une certaine attention de la part des joueurs et fans mâles, et certaines en jouent – et voient d’un mauvais oeil l’arrivée d’une concurrente. Etant peu présente dans ce type de fandoms, j’ai du mal à estimer l’ampleur du phénomène.

Les poules de basse-cour se rencontrent aussi (voire plus) dans les fandoms féminins, d’après mon expérience, où il y a émulation des tendances girly. Mais dans ce cas, il n’y a plus cet aspect « je suis le seul représentant du sexe opposé dans le groupe et j’ai donc droit à un traitement spécial de ce fait ».

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Archétype

Pas encore traité dans la fiction à ma connaissance.

Avantages

Met en valeur les fans civilisés.

Dangerosité

Tendance à se croire irrésistible, et peut-être même tout permis.

Phrase fétiche

« En tant que mec, … »

[1] Documentaire de Tristan Schulmann et Xavier Sayanoff sur la culture geek

L’Art ou la cuistre : démocratisons la culture.

J’aime bien les musées. Parce que j’aime les belles choses, le calme, et faute d’avoir les moyens de Bernard Arnault, c’est le meilleur moyen pour moi de m’en entourer.

Parfois, j’ai l’impression de devoir m’excuser d’aller voir des expositions, pour ne pas faire snob, ou, depuis que c’est devenu le loisir branché du Parisien, bobo. Les snobobos, comme les bonobos, se lèchent le cul pour entretenir le lien social, mais surtout au figuré.

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Musée Gustave Moreau

Et souvent les gens semblent se sentir obligés de s’excuser de ne pas le faire, « J’aimerais bien aller dans les musées mais je n’y connais rien ». On ne demande pas un diplôme en histoire de l’art à l’entrée, hein. L’art c’est comme le vélo, les maths, les langues ou le bricolage : personne ne naît avec la science infuse. On peut avoir une inclination (on dirait plutôt une appétence maintenant… Jargon quand tu nous tiens) naturelle pour ça, une meilleure mémoire que d’autres, ou un environnement qui facilite l’accès à la connaissance. Mais après, c’est comme le loto : 100% des connaisseurs en art ont commencé sans rien y connaître. Et comme le loto, ce ne pas parce que tu -joues- visites des expos que tu gagnes deviens un expert.

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Musée Guimet

Mais je ne peux pas entièrement les blâmer de cette timidité: c’est sociétal (pour encore utiliser du jargon) en France. On a fait de la culture un concept élitiste. Évidemment, c’est plus facile de s’éveiller à l’amour de l’art quand on naît dans une résidence cossue aux murs décorés de portraits de famille signés de grands peintre, décorés à grands frais avec des meubles design qui ne sont même pas des copies, dans un quartier où on trouve galeries d’art, musées et librairies, plutôt que dans une banlieue grise où le dernier représentant de la culture a disparu avec la fermeture du dernier vidéo-club.

Ça ne s’arrange pas avec le fait que sous couvert de répandre la culture, on essaie surtout de pousser en avant des initiatives d’art contemporain inepte.

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Gaston Lagaffe au centre Georges Pompidou

Logique : avec ce snobisme français, dès qu’un artiste reconnu devient un peu trop connu de la plèbe, c’est suspect. Si le grand public arrive à y trouver un intérêt, c’est que l’artiste a raté son but et n’est pas assez pointu. Témoin ce directeur de musée disant devant la caméra d’Arte : « Il faut se méfier du beau en art ».

Les bras m’en sont tombés. C’est curieux comme les artistes et les gens qui travaillent dans cette branche éprouvent le besoin de donner à leur travail un sens qui va au-delà d’embellir le monde et d’apporter joie et sérénité à ceux qui les regardent. Ce n’est pas assez noble, apparemment, alors il faut faire politique, philosophique, et « expliquer le monde ». De niveau « la guerre c’est moche, la pauvreté c’est triste et ça existe, la pub et le capitalisme c’est vilain » (ce dernier message vendu sur des magnets à 10 eur à coller sur votre frigo, fabriqués en Chine par des enfants).

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Palais Rohan – Barye

Je répondrai volontiers au distingué interviewé qu’il faut aussi se méfier du laid. C’est dingue comme il suffit de faire moche pour paraître transgressif et créatif. J’en ai vu, des tas de déchets sortis d’une poubelle étalés par terre (littéralement) dans des musées d’art contemporain. Ça se fait en 10 minutes, aucune technique requise, et c’est porté aux nues pendant que les gens qui ont le malheur d’avoir appris leur boulot sont méprisés parce qu’ils sont « académiques ». Si si, je vous jure. J’ai entendu qu’il n’y avait plus de cours d’anatomie aux Beaux-arts.

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Ceci est une oeuvre d’art. Il paraît.

Voyez Picasso. Dans une exposition sur la Méditerranée, j’ai vu un de ses tableaux de jeunesse, à l’époque où il peignait encore dans un style figuratif classique. De petit format, il se détachait nettement des autres dans la salle, qui pourtant représentaient également des paysages méditerranéens. Ça doit être ça, le talent, ou l’inspiration. Savoir magnifier une technique et se l’approprier pour en faire quelque chose de plus que le voisin.

Mais ce tableau ne figure pas parmi ses oeuvres les plus discutées. Je ne l’ai même pas retrouvé dans Google Images (il faut dire que je n’avais pas noté son titre, s’il en a un). Pas assez original sans doute. Je soupçonne fortement, depuis, que c’est parce que son art « académique » ne lui valait pas assez de commandes ni de reconnaissance que Picasso s’est tourné vers des styles iconoclastes comme le cubisme.

Plus facile, plus rapide, plus rentable est le côté obscur de l’art contemporain. Pourquoi se fatiguer à apprendre les gestes de l’artiste, quand vous pouvez balancer trois taches sur une toile et écrire un galimatias d’intentions pour expliquer en quoi votre oeuvre est une critique de la société, une représentation holistique de l’individualisme aliénant face au sacerdoce exacerbé du capitalisme? (en gros)

Le saviez-tu? Une étude statistique a révélé qu’en terme de peinture, ce qui obtenait la faveur du plus grand nombre, c’était les paysages verdoyants avec soleil couchant et famille heureuse. Le comble du niais, donc, qui n’aura plus les faveurs des critiques. Oui, mais ça met du baume au coeur.

Carnet de comptoir : amitié toxique

Conversation de café entre deux amies, une jeune l’autre moins.

Alors que jusqu’ici le ton était feutré, la jeune « On dirait que tu me juges parce que je n’aurais pas pris de tes nouvelles, alors qu’on est là, je t’ai appelée. »

La vieille : « Oui ben tu ne t’intéresses pas vraiment aux gens ».

« Attend, et le nombre de fois où je t’ai proposé de sortir? Ne dis pas que je n’ai jamais pris de nouvelles, c’est pas ma faute si tu refusais à chaque fois. »

« Eh ben peut-être que j’aurais préféré sortir! Mais je ne pouvais pas. » Suit une explication indistincte à base de dépression, dont apparemment elle vient seulement de parler à la Jeune ce jour.

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La Jeune : « Alors ne me reproche pas de ne jamais avoir appelé! Si à chaque fois que je te propose de sortir tu m’envoie balader, au bout d’un moment je me dis que tu n’as pas envie. Et tu ne m’as jamais appelé non plus, alors ne me dis pas que c’est moi qui m’en fiche. »

Vieille : « Tu aurais aimé que je t’appelle? » (d’un ton agressif comme si la réponse négative allait de soi)

Jeune (visiblement bouleversée, en rassemblant ses affaires) : « Oui, c’est ce qui se fait, entre amies! ».

Elle se lève et s’en va, les larmes aux yeux. Syndrome du « Si je reste, je vais balancer des trucs encore plus vaches et je veux ménager la personne ».

Vieille se lève à son tour, en prenant son temps. Aux quelques clients qui ont assisté à la scène, elle adresse un sourire narquois style « Oh la la y a des gens qui réagissent bizarrement » et dit à personne en particulier, d’un air satisfait : « Il y a des choses qui doivent être dites ».

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Oui. Il y a des choses que je t’aurais bien dit, en l’occurrence, bien qu’on ne se connaisse pas. Quand on n’a qu’un aperçu de 5 minutes d’une histoire, c’est dur de prendre parti.

Ceci étant dit, je vais le faire quand même, parce que ça me rappelle des choses.

Primo, et info : si quand on t’appelle, tu ne dis rien et tu ne veux voir personne, on ne va pas se pointer chez toi avec du sérum de vérité pour te faire parler. Il y a des gens qui ont besoin d’espace. Et les êtres humains ne sont pas télépathes.

Secundo, c’est vrai qu’avec la vie de tous les jours, le temps passe vite et il est compliqué de rester en contact. Mais si c’est toujours l’autre qui fait la démarche d’appeler, et qu’en plus quand elle le fait tu refuses de la voir, tu es très mal placée pour lui reprocher de ne pas se soucier de toi.

Tertio, des deux, il y en a une qui a l’air de prendre ça plus à coeur que l’autre, et ce n’est pas toi.

Quatro, j’espère pour la jeune qu’elle va arrêter de se fatiguer à essayer d’être ton amie, vu que tu sembles faire partie de cette catégorie de gens qui estiment que tout leur est dû et qu’il faut les entourer de mille attentions, alors qu’eux ne font jamais d’efforts. Casse-toi pauvre conne.

Je regrette un peu de ne pas avoir pu signifier ma compassion à la jeune.

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Elections, abstentionnisme et psychologie élémentaire

Hier, j’ai voté, fait mes courses, fait diverses corvées ménagères et joué à Pokemon Go et Sailor Moon. Je vous laisse deviner quelle activité m’a paru la plus dénuée de sens.

J’ai voté et je ne vois pas de quoi me vanter. Vu que j’ai aussi peu de foi en les électeurs que les candidats. Donc sauf si Klaatu débarque et réclame le gouvernement de la planète (quoique personnellement, je préfèrerais le Patricien)… le résultat devait forcément me décevoir.

J’ai voté, en traînant les pieds, pour quelqu’un en qui je ne crois pas vraiment mais ce n’est pas bien grave parce que je savais qu’il ne serait pas au second tour. C’est ce qu’on appelle un vote de protestation.

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Jeremy Irons incarnait le Patricien dans The Colour of Magic

Je n’ai quasiment pas suivi les médias hier, parce que je savais qu’ils allaient passer la journée à nous soûler de remplissage, n’ayant ni infos ni le droit de donner celles qu’ils ont. Palme du foutage de gueule à cette émission télé du matin où on nous a doctement expliqué que ça ne servait à rien d’essayer d’avoir des infos par les réseaux sociaux (le fameux hashtag #radioLondres de Twitter), parce que « non mais c’est impossible d’avoir des résultats avant la fermeture des bureaux de vote puisqu’aucun bulletin ne sera ouvert avant », et « les sociétés de sondage se sont engagés à ne réaliser aucun sondage de sortie des urnes ». Les sociétés de sondage opérant pour les médias français, non? Pas sûr que les médias étrangers se soucient des petites bizarreries du CSA.

C’est drôle et pathétique, cette tentative des médias officiels français de tenter de décrédibiliser les réseaux sociaux et les médias étrangers qui auraient des infos avant eux. « Mais euh! C’est à nous de l’annoncer euh! Restez sur nos chaînes à écouter nos experts sortis de la naphtaline vous endormir pendant 3h de bouche-trou et de suppositions dignes du Café du Commerce ».

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Vetinari dessiné par Paul Kidby

Sinon aussi, sur les réseaux sociaux, donc, entre deux « a voté » avec photo de l’enveloppe, de la carte d’électeur, voire du bulletin, il y avait tous les appels morigénateurs à ne pas céder au premier tour à la sirène de l’abstentionnisme, qui est bien sûr faire le lit de la bête immonde machin bidule.

Je ne suis pas abstentionniste, mais je les comprends. Ce ne sont pas eux qui nous ont foutu dans la merde où on est. Ce sont les politiciens que vous voulez qu’on cautionne à nouveau en votant pour eux.

Alors le discours « Si vous ne votez pas, vous n’aurez pas le droit de vous plaindre »? Mais voter blanc, C’EST se plaindre. Le fait que le vote blanc ne soit compté que comme une abstention est uniquement une façon pour ces putains de couillons incompétents en col blanc qui tiennent les partis de nier le plus longtemps possible à quel point ils sont peu légitimes. Si vous votez pour eux, vous pouvez fermer vos mouilles, par contre, ça nous fera des vacances.

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J’ai voté presque à toutes les élections depuis que je suis en âge de le faire, mais il me semble qu’il y en a une où j’ai jeté l’éponge. Ca me faisait trop mal aux fesses de perdre une demi-heure de ma journée à faire la queue pour voter dans un scrutin joué d’avance, alors que même si « mon » candidat était élu, ça m’aurait fait suer presque autant que de voir gagner son concurrent, donné largement en tête.

Et à chaque fois, rétrospectivement, j’ai eu l’impression de l’avoir eu dans l’os. Ou autres chose.

Au deuxième tour ici, je vais forcément aller voter, mais croyez-moi : ça me fait mal aux fesses. Parce que le socialiste de droite, je le sens mal (ça me fait toujours bizarre quand ils parlent de lui en le présentant comme étant de gauche. Non mais sérieusement).

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Mais bon, déjà, si le parti qu’il ne faut pas nommer gagne, ce ne sera pas la faute des gens qui n’ont pas voulu choisir entre la peste brune et le choléra en costard. Ce sera dans l’ordre la faute :

  • des politiques traditionnels qui se sont totalement décrédibilisés à force d’être incapables d’empêcher la situation des classes moyennes et pauvres d’empirer année après année (non qu’ils essaient bien fort, remarquez), ET en piochant dans la caisse de façon tellement éhontée qu’ils sont tout étonnés quand des fois ils se font gauler la main dans la boîte à gâteaux.
  • des gens qui votent pour le dit parti, donc.
  • de ceux qui pourraient voter pour l’autre candidat.

Et méfiez-vous avec les discours moralisateurs : à force de gonfler les gens, vous pourriez motiver des abstentionnistes à aller voter pour le parti que vous conspuez… Ce serait ballot(age).

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J’ai 25 ans, je ne veux pas d’enfants et tout va bien, merci.

Puisque c’est le jour des oeufs… c’est comme si je l’avais écrit ! (Avec moins de grossièretés et un âge différent)

La sociophobe

J’ai 25 ans et je ne veux pas d’enfants. « Toujours pas ? », les gens me demandent avec un air interloqué. Puis, ils ajoutent : « ça viendra », pour me rassurer, mais aussi et surtout pour se rassurer. Rejeter la maternité, c’est violer la norme. Rejeter la maternité, c’est mépriser le bonheur supposé de ceux avec qui nous partageons notre vie quotidienne. Rejeter la maternité, ce n’est pas normal. Ne pas être mère, ne pas le vouloir, est considéré comme une transgression. Et toi, ça va sinon ? Moi ça va très bien, je vous assure. Et même si l’on suppose à celle qui ne veut pas enfanter un passif douloureux ou une défaillance physique, croyez-moi, ça va on ne peut mieux. Ne pas vouloir être mère ne relève pas nécessairement d’un traumatisme ou d’une soif de révolte.  Tout le monde peut s’octroyer le droit de ne pas rendre la vie…

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